Définitions

DEFINITION DE L’ANTISEMITISME

« Antisémitisme » signifie, dans son acception commune : « une attitude d’hostilité à l’égard des minorités juives, quel que soit, d’ailleurs, le motif de cette hostilité ».[1] Cette hostilité peut aller d’une aversion individuelle jusqu’à des formes de persécution idéologiques et institutionnalisées.

Le Département d’Etat américain a publié en mars 2008 son Contemporary Global Anti-Semitism Report[2], dont le volet consacré à la définition de l’antisémitisme permet d’appréhender de manière plus globale la complexité des diverses formes que revêt l’antisémitisme :

« [...] l’antisémitisme est un phénomène adaptatif et continue de prendre de nouvelles formes. Des efforts ont été entrepris durant la dernière décennie pour déterminer une façon de collecter les données sur l’antisémitisme qui corresponde à ses manifestations contemporaines.

Le Centre européen de surveillance du racisme et de la xénophobie [European Monitoring Center on Racism and Xenophobia ; EUMC] – en étroite collaboration avec le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe [OSCE], des experts internationaux de l’antisémitisme et des organisations de la société civile – a entrepris d’examiner une approche commune pour la collecte de données sur l’antisémitisme. Cet effort a conduit à la rédaction d’une Définition de travail de l’antisémitisme. La Définition de l’EUMC fournit un cadre utile pour l’identification et la compréhension du problème […] :

"L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer comme une haine envers les Juifs. Des manifestations rhétoriques et physiques d’antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non-juifs et / ou contre leurs propriétés, contre les institutions de la communauté juive et contre des installations religieuses."

[...] l’EUMC fournit un texte explicatif qui décrit les types d’actes qui peuvent être considérés comme antisémites :

"[...] L’antisémitisme accuse fréquemment les Juifs de conspirer pour nuire à l’humanité, et est souvent utilisé pour blâmer les Juifs comme étant "la raison pour laquelle les choses vont mal". Il est exprimé oralement, par écrit, sous des formes visuelles, ainsi que par l’action, et emploie de sinistres stéréotypes et des traits de caractère négatifs.

Des exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, dans les médias, à l’école, sur le lieu de travail et dans la sphère religieuse peuvent […] inclure, sans y être limité :

  • Le fait d’appeler à, d’aider ou de justifier le meurtre ou le mal causé aux Juifs au nom d’une idéologie radicale ou d’une vision religieuse extrémiste.
  • Le fait de faire des allégations fallacieuses, déshumanisantes, diabolisantes ou stéréotypées à propos des Juifs en tant que tels, ou du pouvoir des Juifs en tant que collectivité – telles que, particulièrement mais non exclusivement, le mythe d’un complot juif mondial ou des Juifs contrôlant les médias, l’économie, le gouvernement ou d’autres institutions sociales.
  • Le fait d’accuser les Juifs en tant que peuple d’être responsables de méfaits réels ou supposés commis par un simple individu ou groupe juif, ou même d’actes commis par des non-juifs.
  • Le fait de nier les faits, la portée, les mécanismes (p. ex., les chambres à gaz) ou l’intentionnalité du génocide du peuple juif par l’Allemagne national-socialiste et ses défenseurs et complices durant la Deuxième Guerre mondiale (l’Holocauste).
  • Le fait d’accuser les Juifs en tant que peuple, ou Israël en tant qu’Etat, d’avoir inventé ou d’exagérer l’Holocauste.
  • Le fait d’accuser les citoyens juifs d’être plus loyaux envers Israël, ou envers les priorités supposées des Juifs dans le monde, qu’aux intérêts de leur propre nation.

Des exemples de la manière dont l’antisémitisme se manifeste en rapport avec l’Etat d’Israël […] pourraient inclure :

  • Le fait de nier au peuple juif son droit à l’auto-détermination.
  • Le fait d’appliquer un double standard en réclamant [d’Israël] un comportement qui n’est exigé ou attendu d’aucune autre nation démocratique.
  • Le fait d’utiliser les symboles et images associées à l’antisémitisme classique (p.ex., l’affirmation que les Juifs ont tué Jésus ou les accusations de meurtre rituel) pour caractériser Israël ou les Israéliens.
  • Le fait de dresser des comparaisons entre la politique israélienne et celle des nazis.
  • Le fait de tenir les Juifs pour collectivement responsables des actions de l’Etat d’Israël." 

L’EUMC précise, cependant, que "la critique d’Israël similaire à celle élevée contre n’importe quelle nation ne peut être regardée en soi comme antisémite." » [3]

ANTISIONISME ET CRITIQUE D’ISRAEL

Définition du sionisme et de l’antisionisme

 

Bien que le terme « sionisme » désigne en réalité plusieurs idéologies et sensibilités différentes (religieuse, laïque, de gauche, de droite,…), il est possible d’identifier un certain nombre de caractéristiques communes à ces différentes idéologies. Le sionisme peut ainsi se définir comme « le mouvement de libération nationale du peuple juif »[4], dont le but est de « donner un Etat au peuple juif dispersé de la Diaspora »[5].

 

Le terme « sionisme » a été créé en 1890 par l’intellectuel Nathan Birnbaum, l’un des premiers penseurs sionistes[6], et fait directement référence au Mont Sion, symbole de Jérusalem et de la Terre d’Israël.

 

L’antisionisme n’a donc rien à voir avec une quelconque critique de la politique israélienne, mais s’assimile bel et bien au refus fait aux juifs d’avoir un Etat et, par là, à de l’antisémitisme. Doudou Diène ne s’y était déjà guère trompé lorsqu’il déclarait, en 2007: « L’amalgame entre l’Etat d’Israël et toutes les communautés juives de la diaspora ou vivant en Israël, quelles que soient leur nationalité, l’essentialisation du peuple juif et la non-reconnaissance de sa diversité culturelle, religieuse et politique, sont les sources profondes de cette nouvelle forme d’antisémitisme. »

 

Critique d’Israël

 

Dans un régime démocratique, la critique politique est garantie au titre de la liberté d’expression (art.16 al.2 de la Constitution fédérale : « Toute personne a le droit de former, d’exprimer et de répandre librement son opinion »). Il est donc permis à tout un chacun de critiquer les actes ou la politique d’un Etat et Israël n’échappe pas à cette règle. Les Israéliens eux-mêmes ne se privent d’ailleurs pas de critiquer leur gouvernement ou leurs institutions.

 

Dans ce cadre, l’EUMC précise, dans sa définition, que la critique d’Israël similaire à celle élevée contre n’importe quelle nation ne peut être regardée en soi comme antisémite.



[1] Encyclopédie Universalis

[2] United States Department of State, Contemporary Global Anti-Semitism : A report provided to the United States Congress, mars 2008

[3] Traduction CICAD

[4] Frédéric Encel et François Thual, Géopolitique d’Israël, éditions du Seuil, 2006, p. 353

[5] Michel Mourre, Dictionnaire d’Histoire universelle, éditions Bordas, 2006, p. 1335

[6] Né à Vienne en 1864, Nathan Birnbaum est le cofondateur, en 1882, de la première organisation d’étudiants juifs, Kadima. En 1884, il publie Die Assimilationsucht (« La maladie de l’assimilation »), un des premiers textes à développer des thèses sionistes. La même année, il fonde le périodique Selbst-Emanzipation ! (« Auto-émancipation ! »), qui reprendra, entre autres, les idées de Léon Pinsker, l’autre précurseur du sionisme. C’est dans ce cadre qu’il crée les termes « sioniste », « sionisme » et « sionisme politique ». Ses idées seront plus tard reprises et développées par Theodore Herzl.

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