Feb

19

2015

«Nous sommes inquiets, mais nous n’irons pas en Israël»

Après les récentes attaques antisémites, les membres de la communauté juive de Genève demandent plus de protection.

«Nous sommes très inquiets bien entendu, mais il n’est pas du tout question de partir en Israël. La situation en Suisse n’est aujourd’hui pas alarmante.» Le Grand Rabbin de la communauté israélite de Genève, Izhak Dayan, se veut ferme et rassurant après les récents attentats commis en France et au Danemark contre des personnes de confession juive et l’appel du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, à rejoindre l’Etat hébreu. Une certaine anxiété règne pourtant au sein de sa communauté. Des membres craignent des attaques à Genève. Ils demandent une meilleure protection des lieux sensibles.

«Les parents ont peur, relève Maurice Cohen Zagouri, directeur de l’Ecole juive Alliance Girsa à Veyrier. Le lendemain des attentats de Charlie Hebdo, certains ont préféré garder leurs enfants à la maison pour ne pas prendre de risque. Nous avons été obligés de renforcer les mesures de sécurité pour les rassurer.» Depuis le mois de février, deux agents de sécurité supplémentaires – cinq au lieu de trois d’ordinaire – surveillent l’établissement en continu et les sorties scolaires ont été limitées au strict minimum. «On reste très vigilant, note le directeur. Le fait que l’école se situe à moins de quatre minutes en voiture de la frontière accentue encore les craintes des parents.» Gérant du magasin d’alimentation casher Orencash à Gaillard, Marc Sttret est lui aussi quotidiennement confronté à l’inquiétude des membres de la communauté. «Tous mes clients, dont 97% sont des Suisses, me posent des questions sur la sécurité du magasin. J’essaie de les rassurer en leur disant que la police effectue des rondes plus souvent qu’avant.» A-t-il observé une baisse de fréquentation depuis l’attaque de l’Hyper cacher à Paris? «Non, mais il faut bien manger en même temps! Et il y a très peu de magasins casher en Suisse.»

Pour Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites, cette situation n’est pas acceptable: «Il n’est pas normal de devoir se poser des questions de sécurité en allant faire ses courses, à l’école ou à la synagogue. Nous faisons partie de la population suisse, on doit pouvoir vivre ici en se sentant protégé. Les autorités doivent adapter les mesures à la nouvelle situation.» La police cantonale assure qu’il n’y a pas de menace concrète visant des intérêts spécifiques juifs ou israélites à Genève. Elle précise néanmoins que l’action isolée d’un individu perturbé ne pouvant être exclue, le niveau de vigilance a été augmenté. «Nous apprécions le renforcement des dispositifs de sécurité aux abords des sites sensibles, note Johanne Gurfinkiel, secrétaire générale de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad). Mais ce sont des mesures à court terme. Il faudrait renforcer durablement nos moyens techniques comme nous l'avons demandé avec insistance à nos autorités cantonales depuis de nombreux mois. Les institutions et communautés allouent un budget conséquent à cette question mais demandent un soutien financier exceptionnel. C’est le devoir de l’Etat et nous espérons que nous demandes aboutiront enfin.» Le Département de la sécurité estime toutefois délicat de financer des infrastructures de sécurité sur le domaine privé.

Les députés socialistes de l’Assemblée fédérale ont reçu mardi les représentants des institutions juives de Suisses. Ils comptent interpeller le Conseil fédéral lors de la prochaine session pour qu’il adresse «un message fort et rassurant» aux communautés concernées.

 

Cent départs par année

Chaque année, une centaine de Suisses décident d'émigrer en Israël. Ce nombre risque-t-il d'augmenter avec la vague d'attaques antisémites que vit l'Europe depuis fe début de l'année? L'ambassade d'Israël à Berne et l'Agencejuive à Paris, qui s'occupe du retour des juifs suisses en Terre sainte, assurent ne pas avoir reçu davantage de demandes ou d'appels de résidants helvétiques que d'habitude. «Les personnes qui partent s'installer en Israël le font généralement pour des raisons idéologiques et non de sécurité», note Johanne Gurfinkiel, Secrétaire générale de la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (Cicad).

Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites, compte toutefois sur les autorités cantonales et fédérales pour que les Suisses de confession juive puissent continuer à vivre sereinement leur religion. «Nous observons depuis un certain temps déjà des discours antisémites de plus en plus virulents qui circulent sur Internet. Il faut prêter une attention suffisante à ce phénomène pour éviter des dérapages et sensibiliser les jeunes attirés par des mouvements violents. Depuis l'affaire des fiches, les services de renseignements ont très peu de marge de manœuvre et pas assez de moyens personnel et financier pour prévenir et identifier les personnes à haut risque. Ceci doit changer.»

 

 

Source:tdg.ch, 18 février 2015

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