Dec

03

2015

Un élu MCG tancé pour avoir comparé une manif à la Nuit de Cristal

Thomas Zogg a été remis à l’ordre par le président du Conseil municipal et par son parti.

Le président du Conseil municipal de la Ville de Genève, le MCG Carlos Medeiros, a tenu à ne «pas laisser passer» les propos d’un élu de son parti qui, lors de la séance du 10 novembre, avait comparé une manifestation pour l’Usine à la Nuit de Cristal. De nombreux tags avaient alors souillé des murs et des commerces au centre-ville.

«(...) Au cours de la désormais tristement célèbre Nuit de Cristal du mois d’octobre dernier, des anarchistes et des casseurs se sont livrés à une véritable mise à sac ainsi qu’à des déprédations sur des édifices publics de notre Ville», avait déclaré Thomas Zogg, en demandant au Conseil administratif s’il comptait porter plainte.

L'exécutif "choqué"

Jeudi passé, avant le débat d’entrée en matière sur le budget municipal, M.Medeiros a en partie lu une lettre que le Conseil administratif avait envoyée au bureau du Conseil municipal. L’exécutif s’y dit choqué, rappelant que, du 9 au 10 novembre 1938, deux cents synagogues et lieux de culte furent détruits, 7500 commerces et entreprises tenus par des juifs saccagés, une centaine de juifs assassinés, sans compter des centaines d’autres qui se suicidèrent ou moururent de leurs blessures.

La maire Esther Alder fait état d’une comparaison «totalement hors contexte et inadmissible» et d’une «banalisation de réalités historiques» qui ne peut être passée sous silence. Au nom de l’exécutif, elle a demandé au bureau de prendre position en séance plénière.

"Antisémitisme larvé"

Ce qu’a fait Carlos Medeiros en associant le bureau au choc de l’exécutif. Si le président n’avait pas réagi sur le moment, c’est parce que ces propos lui avaient échappé, s’est-il justifié.

Il faut dire que, sur son blog, le conseiller municipal socialiste Sylvain Thévoz l’avait épinglé, lui et le bureau «à majorité de droite», pour n’avoir «pas bronché». Et d’ajouter: «Que le MCG choisisse, au jour près, 77 ans après, de comparer une bénigne manifestation à un des pires événements de l’histoire moderne (…) doit être compris comme un acte antisémite.» Dans un communiqué de presse, le Parti socialiste de la Ville faisait état d’un «antisémitisme larvé».

L'intéressé admet une "comparaison excessive"

Thomas Zogg estime que cette accusation est entièrement fausse. Il reconnaît avoir fait une «comparaison excessive», dit n’avoir voulu blessé personne et informe avoir été réprimandé par les cadres de son parti. M.Zogg tient toutefois à expliquer pourquoi la comparaison lui est venue à l’esprit. «Il y a eu une instrumentalisation politique de ces jeunes manifestants par une partie de la gauche, qui a ensuite minimisé ces événements violents. A la tribune le jour du débat, des jeunes de l’Usine sont ensuite venus dans le but de nous impressionner juste avant le vote sur le gel des subventions du centre culturel. Sylvain Thévoz a même dit que ces déprédations étaient le fait de Pierre Maudet, ce qui est absurde!»

Quant à la lettre de l’exécutif, il y voit une forme de «récupération politique pour détourner l’attention du dossier de l’Usine. Un mot devient pire qu’une manifestation illégale qui dégénère et qu’il n’a pas condamnée.»

La CICAD dénonce

De son côté, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) a aussi écrit à M.Zogg pour dénoncer une banalisation «scandaleuse et qui dénote de l’inculture d’un élu», selon le secrétaire Johanne Gurfinkiel. Mais la CICAD ne va pas jusqu’à l’accuser d’antisémitisme sur cette seule base, «une accusation qui risque d’accentuer l’incompréhension générale».

 

 

Source : lecourrier.ch, 2 décembre 2015

 

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