Jan

15

2016

Faut-il renoncer à la kippa en suisse ?

Ne pas porter la calotte juive pour éviter les ennuis: l'idée du Consistoire israélite de Marseille divise aussi hors de France.

Cette semaine, la proposition suscite une vive émotion en France. Faut-il renoncer à la kippa par mesure de sécurité? Insupportable aux yeux de certains, comme le grand rab bin de France Haim Korsia, cette idée ne vient pas de n'importe qui. Elle émane du président du Consistoire israélite de Marseille, Zvi Ammar, et fait suite à I ‘agression à.la machette, lundi, d'un enseignant qui portait Ia calotte rituelle dans la cité phocéenne.

Une attaque perpétrée par un ado de 15 ans se réclamant de I ‘Etat islamique...Faut-il suivre le mouvement et masquer son appartenance confessionnelle en Suisse? L'idée ne plaît pas du tout à Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre I‘antisémitisme et la diffamation (CICAD). S'il <<peut entendre>> les motivations qui ont mené le Président du Consistoire israélite de Marseille à faire sa proposition, iI juge qu'elle entraînerait le retour à une <<situation pas si lointaine>> où les juifs devaient cacher leur appartenance. Une chose <<inacceptable>> à ses yeux <<La sérénité des juifs ne passera pas par le reniement de leur identité. >>

Un ado au cerveau pollué

Il milite plutôt pour des mesures d'éducation concrètes dont la portée doit pouvoir se mesurer. Et de donner pour preuve le profil de I ‘agresseur de Marseille et de ses motivations: <<On n'a pas affaire à un idéologue aguerri, entraîné et de retour de Syrie, mais à un ado dont le cerveau avait été pollué par une idéologie terroriste et antisémite. Ce problème existe aussi chez certains jeunes en Suisse et il va falloir le prendre à bras-le-corps.>   

Vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites, Sabine Simkhovitch-Dreyfus          est moins virulente. Pour elle, ce qui choque dans le débat actuel, <<outre la façon dont le prof a été attaqué, c'est qu'à Marseille les choses ont été dites publiquement>>. Voilà  déjà vingt ans, selon elle, que I'on demande aux enfants de mettre une casquette sur leur kippa, ou une casquette tout court, pour ne pas être importunés. Y compris en Suisse! <<Bien sûr, les craintes chez nous n'ont pas atteint le même degré qu'à Marseille ou ailleurs en France. On redoute que les écoliers ne se fassent apostropher, ou que des jeux ne débordent sur des insultes antisémites, pas des coups de machette.>> La menace se généralise

Alors, rejet coupable de son identité ou sacrifice nécessaire, I'appel à renoncer à Ia kippa? Mesure de <<bon sens >>, répond Alexandre Vautravers, rédacteur en chef de la Revue militaire suisse et expert des questions de sécurité. <<Mais il faut voir que la menace dont on parle est en train de se généraliser. Désormais, nous sommes tous des victimes potentielles du terrorisme, et non plus seulement certaines communautés ou minorités. Aujourd'hui, vous pouvez être pris pour cible parce que vous portez un T-shirt avec une marque de multinationale ou l'étendard d'un pays, un slogan politique. Plus la violence est indiscriminée, plus Ia vigilance et la prudence doivent se généraliser. >>

 

Source : Le Matin, 15 janvier 2016

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