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30

2015

Jornot requiert de la prison ferme contre un antisémite

Malgré les décisions de justice, l'homme continue à propager sa haine des juifs. Procès

Il y a bien des années, il avait entarté le député Alberto Velasco avec un baba au rhum. Plus récemment, il a craché sur une magistrate au cours d'une audition au Ministère public. Comme dit son avocat, Me Pascal Junod, "il est comme il est, haut en couleur et brut de décoffrage". Prudente, la présidente du Tribunal de police, Catherine Gavin, n'a donc pas voulu prendre de risque.

Après une matinée d'audience au cours de laquelle le prévenu s'est emporté contre "l'acoustique catastrophique du Palais de justice" et affirmé que depuis le début de son procès, il n'entendait "qu'un marmonnement indicible" après s'en être pris plutôt vivement à une avocate des plaignants, il a fini par être dispensé de suivre la suite des débats par la présidente. B. est quinquagénaire, célibataire et sans enfants. Il est Suisse et dépend de l'Hospice général. C'est sa manière de commenter l'actualité sur son site Internet qui l'a mené déjà à plusieurs reprises devant les juges.

Sa dernière condamnation est d'ailleurs examinée en ce moment par le Tribunal fédéral.

"Ramassis de crapules"

Hier, il comparaissait pour diffamation et discrimination raciale. Trois personnes, dont Mes Philippe Grumbach et Alain Bruno Levy, membres de la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), sont parties plaignantes.

Le procureur général, Olivier Jomot, requiert à l'encontre de l'accusé une peine ferme de six mois au minimum. L'article 261 bis du Code pénal (ndlr : contre la discrimination raciale) n'est pas une disposition liberticide, souligne le magistrat. "En Suisse, on a le droit de ne pas aimer les juifs et de le dire. Personne ne nous interdit de critiquer la politique de l'Etat d'Israël ou la violation des droits de l'homme dans les territoires occupés. En revanche, il est interdit de fomenter et de propager la haine contre un groupe de personnes en raison de leur race ou de leur religion." Le magistrat lit quelques extraits des écrits du prévenu: "J'en suis arrivé à considérer l'extermination des juifs comme souhaitable, un bienfait pour l'humanité", dit l'accusé sur son site. "Peu de gens ont osé écrire des choses pareilles depuis 1945", remarque Olivier Jornot.

Le prévenu pense aussi que "les juifs du monde entier apparaissent comme un ramassis de crapules". "lls devraient être destitués de toutes leurs fonctions publiques". Pour Olivier Jornot, "le choix des mots, des formules, des concepts s'ancre dans l'idéologie nazie la plus brute". Me Grumbach juge l'homme "dangereux", Surtout à "une époque où l'antisémitisme est malheureusement redevenu d'actualité". Selon la Cicad en effet, les actes antisémites ont augmenté de 75% en Suisse romande entre 2O13 et 2014.

"Une critique politique"

Me Junod plaide l'acquittement. Il admet une certaine violence dans les propos de son client mais "c'est sa manière de dire les choses". Ces choses par ailleurs reposent sur des articles de presse et des faits. Il n'y a pas de honte, selon l'avocat, de parler du "lobby juif" puisqu'il existe. Son client a pris en grippe l'Etat d'Israël depuis les bombardements de janvier 2009, qui ont fait de nombreuses victimes civiles. "Il dit les choses sans pincettes ni dentelles. Il dit: "Je suis indigné. C'est un terrible cri de colère. Mais on est dans une critique de nature politique." Le tribunal appréciera et rendra son verdict ultérieurement.

 

 

Source : tribune de Genève, samedi 28 mars 2015

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