Apr

13

2015

La CICAD aux côtés d’Ibuka lors de la 21e journée de commémoration du génocide rwandais

Samedi 11 avril 2015 avait lieu à Onex, la 21e journée de commémoration du Génocide des Tutsis au Rwanda. En cent jours, du 6 avril au 4 juillet 1994, plus d'un million de personnes furent tuées. Une journée pour rappeler qu’il est essentiel de lutter contre le négationnisme du génocide des Tutsis et de protéger leur mémoire. La CICAD, représentée par son Vice-Président Victor Gani, était présente pour réaffirmer son soutien.

Plusieurs personnalités étaient également conviées à prendre la parole. Monsieur Michel Gabuka, Président Ibuka Suisse, S.E M François-Xavier Ngarambe, Ambassadeur du Rwanda en Suisse. Madame Carole-Anne Kast, Maire d’Onex, Monsieur Alain Gauthier, Président du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda et Monsieur Jean-Vahe Nigolian, Président de l’Union Arménienne de Suisse.

 

 

Discours du Vice-Président de la CICAD, Victor Gani

 

Thème: « Luttons contre le négationnisme du génocide des Tutsis et protégeons la mémoire des nôtres »

 

Monsieur le Président, Excellence, Madame la Maire, Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

 

Nous sommes ici, aujourd’hui, en solidarité avec vous pour commémorer un bien triste anniversaire. 21 ans déjà que le Rwanda s’est réveillé face à une tragédie humaine, où en l’espace de quelques mois, près d’un million de Tutsis ont été massacrés dans des conditions qui défient la compréhension humaine. Mais combien de temps aura-t-il fallu pour que le monde se réveille face à ce génocide ? L’extermination des Tutsis au Rwanda témoigne, une fois de plus, de la violence dont l’être humain est capable et de l’importance de la mémoire, pour que plus jamais de tels actes ne viennent salir l’histoire de l’humanité.

 

La mémoire et la lutte contre le négationnisme sont les thèmes choisis aujourd’hui pour rappeler au monde que même 21 ans après, les horribles événements qui ont marqué ces mois d’avril à juillet 1994, sont toujours aussi présents dans nos consciences.

Au nom de la CICAD et des communautés juives de Suisse romande, nous voulons affirmer haut et fort que jamais nous n’oublierons les souffrances dont le peuple Tutsi fut victime, jamais nous ne resterons indifférents face à de telles atrocités et jamais nous ne nous tairons face à des individus qui chercheraient à minimiser ou à remettre en cause ce que nous avons vécu car nous partageons votre histoire, votre douleur et votre peine.

Par la négation de notre souffrance, le négationniste cherche à réécrire l’histoire, à semer le doute, à assassiner les souvenirs des rescapés, à détruire notre mémoire collective pour imposer sa vérité. Il va réfuter le caractère intentionnel du génocide, en minimiser la violence et la portée, mettre en doute le nombre de morts et l’identité des victimes, le présenter comme une « simple » conséquence de la guerre. En rejetant ce qui s’est passé, il poursuit la volonté des bourreaux en reniant la douleur des victimes, l’horreur de ce qu’elles ont vécue et pérennise les crimes commis à leur encontre.

Mais le génocide perpétré contre les Tutsis pendant les mois d’avril à juillet 1994, n’est pas dû aux fruits du hasard, à une folie meurtrière ou un acte de vengeance qui aurait soudainement donné l’envie à des individus de commettre l’irréparable, à des guerres tribales ou à des haines ancestrales. Non ! Affirmons-le ici une nouvelle fois: le génocide commis contre la minorité Tutsi est bel et bien le résultat d’une politique délibérée d’extermination, de meurtres ciblés et planifiés par les élites au pouvoir de l’époque, d’une propagande orchestrée par la machine de l’Etat qui visait à dépeindre les Tutsi comme des « Inyenzi » ; des sous-hommes dont le meurtre était non seulement encouragé mais voulu par le régime de Habyarimana.

Des exemples très récents nous montrent malheureusement que les négationnistes ont encore de beaux jours devant eux. Jean Marie Le Pen réaffirmait encore tout récemment dans une interview accordée à BFMTV « que les chambres à Gaz étaient un détail de l’histoire ». Il y a moins d’un mois, la CICAD participait en tant que partie plaignante au procès d’un antisémite et négationniste suisse qui déclarait dans un de ses écrits en 2014 « étant donné qu’il n’a jamais existé de camps d’exterminations nazis, il est mensonger d’affirmer que la SNCF aurait transféré des juifs vers des camps d’extermination. En réalité, il s’agissait de camps de concentration similaires à ceux où étaient détenus les déportés non-juifs. » Nous savons que malheureusement cette ignominie ne se limite pas à la Shoah et que trop de personnes réfutent encore aujourd’hui le génocide perpétré contre les Tutsis, un fait historique indéniable.   

Le combat par les tribunaux est un des moyens utilisé par la CICAD pour lutter contre le négationnisme. Depuis sa création en 1991, la CICAD a fait de la préservation de la mémoire de la Shoah une de ses missions principales. Cette lutte et cette protection de la mémoire passe avant tout par la pédagogie et un travail au sein des écoles romandes. Dans cet esprit, depuis plus de dix ans la CICAD organise chaque année pour les élèves de 17 ans et plus, ainsi que pour les enseignants, un voyage d’étude au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Transmettre la mémoire des innocents qui par millions furent anéantis dans ces camps de la mort ou exterminer dans les plaines du Rwanda, c’est lutter contre l’oubli et la négation des crimes dont ils ont été victimes.

Pour ceux qui se préparent à faire ce douloureux périple, la CICAD organise également dans les écoles des séances préparatoires où les élèves et les enseignants ont le privilège de rencontrer et d’écouter des rescapés de la Shoah. L’importance du témoignage humain direct est primordial dans le combat contre le négationnisme et permet d’inscrire ces récits tragiques dans la mémoire collective afin qu’ils ne soient jamais oubliés. Malheureusement au crépuscule du 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, les survivants de la Shoah se font de plus en rare. Mais, comme nous le rappelle Noëlla Rouget, résistante et déportée de camp de Ravensbrück, «à l’heure où disparaissent les derniers témoins des camps de concentration, une idée nous réconforte: celle de l’existence de milliers de jeunes qui deviendront le relais de nos tragédies »

Dans un effort de protéger et perpétuer la mémoire des survivants de la Shoah et du génocide rwandais, il est aussi primordial de garder des empreintes de ces témoignages. L’enregistrement de ces récits ainsi que leurs traces écrites assurent que ces souvenirs, aussi douloureux soient-ils, resteront à jamais graver dans l’histoire de l’humanité. Les images qui témoignent de l’horreur du génocide rwandais sont aujourd’hui encore bien présentes dans nos mémoires. Mais ce ne sera malheureusement pas toujours le cas. Pour lutter contre l’oubli il devient essentiel de les préserver. 

Il ne faut donc jamais oublier l’importance de témoigner, de raconter, d’écouter les récits des survivants, de combattre à chaque instant pour que la mémoire des innocents qui ont trouvé la mort ne tombent jamais dans l’amnésie de l’histoire. Nous devons lutter contre la banalisation de nos souvenirs, contre ceux qui veulent réécrire notre histoire. Nous saluons ainsi le rôle d’Ibuka qui par son interminable travail donne une voix aux victimes ainsi qu’aux rescapés Tutsis que le régime de Juvénal Habyarimana tenta d’enfuir à tout jamais. 

Le travail des associations telles qu’Ibuka et la CICAD restent ainsi à ce jour essentiel pour combattre l’indifférence face à ceux qui par ignorance, par peur ou par haine, propagent des idées dans le but de diviser. Notre action doit se faire par un travail d’éducation, de sensibilisation et d’information, par la transmission de la mémoire et par l’importance de commémorer des événements tragiques qui ont marqué nos histoires. Les événements de ces mois d’avril à juillet 1994 montrent qu’une société n’est malheureusement jamais à l’abri de basculer dans l’horreur mais nous ne cesserons jamais de lutter afin de protéger la mémoire de ces millions d’innocents dont nous avons tous la responsabilité de perpétuer le souvenir.

Monsieur le Président, je prends quelques minutes pour m’adresser à vous directement, pour vous dire publiquement à quel point la CICAD, son Comité et ses membres ont été touchés par le témoignage de solidarité dont vous avez fait preuve à l’occasion des attentats qui ont couté la vie à des français de confession juive et ce parce qu’ils étaient juifs. Une fois encore l’actualité nous démontre combien nous devons rester vigilants face à la haine.    

 

Source: CICAD, 13 avril 2015

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