Oct

27

2008

Ex-mécano, Jean Plançon devient historien et gardien des cimetières juifs

Mis à part sa passion dévorante pour l’histoire, rien ne prédestinait Jean Plançon à écrire, un jour, un formidable ouvrage sur la communauté juive de Carouge et de Genève, dont le premier volume vient de paraître*.

«C’est vrai, je ne suis pas juif, je n’ai pas suivi d’études de Lettres, et je suis arrivé à Genève par hasard», reconnaît ce Franco-Espagnol né à Besançon (F) un 13 mai 1964, et baptisé après un curieux concours de circonstances: «Mes parents n’étaient pas mariés. Après ma naissance, ils ont voulu s’établir en Espagne.» Mais à l’époque, le régime franquiste ne rigolait pas avec la religion. «A leur arrivée à Barcelone, ils ont dû non seulement se marier, mais aussi me baptiser. C’était obligatoire

Ce n’est pas la seule bizarrerie dans l’étonnant parcours de cet ancien sous-officier de la marine française. «Je me suis engagé à 18 ans, et je suis devenu mécanicien sur hélicoptère.» Au milieu des années 90, l’armée se professionnalise. «J’en ai eu un peu marre et j’ai suivi ma compagne, qui s’était installée en Haute-Savoie

Alors, la vie de Jean bascule. Il était mécano, il sera, dès 1994, gardien de cimetières. Plus précisément des cimetières juifs de Veyrier et Carouge. «Le poste était à repourvoir auprès de la Communauté israélite de Genève. J’ai postulé, parce qu’il y avait un logement de fonction et un permis de travail en Suisse assuré», avoue-t-il.

Jean aurait pu en rester là. Entretenir tombes et plates-bandes, organiser les obsèques à Veyrier et assurer la gestion administrative. «Mais il y a un devoir de mémoire! La Communauté voulait restaurer le cimetière de Carouge. Cela a aiguisé ma curiosité. En me plongeant dans les archives, je suis tombé sur la fameuse histoire des juifs de Carouge. Elle n’a pas d’équivalent en Europe. Ce fut le point de départ de mon ouvrage, il y a treize ans

Aujourd’hui intendant au siège social de la Communauté, Jean connaît comme sa poche le petit cimetière juif de la cité sarde. Il en est le gardien, mais coiffe avec plaisir la casquette de guide. «Des petits groupes viennent le visiter, parfois des particuliers.» Il devient vite intarissable, une fois franchi le lourd portail, qu’il ouvre avec une superbe clé en bronze. «Un exemplaire unique, qui remonte à 1852.» En nous entraînant sous les érables de l’allée centrale, il raconte une foule d’histoires. Telle celle de la première tombe, datant de 1788. «Un enfant de 5 ans, mort de la petite vérole. C’était le fils de Joseph Abraham, premier président de la Communauté juive de Carouge. La stèle ne comporte pas de prénom. Elle est en roche sablonneuse de l’Arve

La dernière tombe, elle, date de 1968. «Il reste quelques emplacements ici, mais désormais, on utilise le cimetière de Veyrier», confie ce père de quatre enfants. Qui, depuis des années, passe l’essentiel de son temps libre à compulser des archives et rencontrer des gens, témoins de l’implantation des juifs à Genève. «Ce n’est pas évident pour mon épouse…», reconnaît Jean. Mais sa passion pour l’histoire, qui s’est transformée en une vraie quête, emporte tout sur son passage.

*
Jean Plançon, Histoire de la Communauté juive de Carouge et de Genève, volume I, de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle, Ed. Slatkine

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