Alexandre Fasel

Chef du Centre d'Analyse et de Prospective et Service Historique du Département Fédéral des Affaires Etrangères. Interview du 24 juin 2005 :

 

Quel est votre rôle au sein de la Task Force ? Votre titre officiel ?

«Je dirige la délégation suisse auprès de la Task Force en ma qualité de Chef du Centre d'Analyse et de Prospective et Service Historique du Département Fédéral des Affaires Etrangères, service qui est notamment chargé de traiter de questions historiques et en particulier le suivi de la thématique Suisse – Deuxième Guerre mondiale

 

 

Quel est l’objectif de la Task Force, dans son ensemble ?

«Le Groupe d'Action Internationale pour la Coopération sur l’Enseignement, la Mémoire et la Recherche sur l'Holocauste est constitué de représentants de gouvernements, d'organisations gouvernementales, d’instituts universitaires et pédagogiques ainsi que d'ONG. Son objectif est de susciter le soutien des responsables politiques à l’enseignement de l'Holocauste sur les plans à la fois national et international. Les Etats membres s'engagent à promouvoir les recherches sur l'Holocauste et leur diffusion, à organiser une journée de mémoire de l'Holocauste et aussi à faciliter l'accès aux fonds d'archives relatifs à la Shoah. Le souci principal du Groupe d’Action est toutefois celui de l’enseignement. Ainsi développe-t-il, à l’attention des enseignants, des guides sur le pourquoi et le comment de l’enseignement de la Shoah.»

 

 

Depuis le 16 décembre, la Suisse a officiellement intégré la Task Force. Quelle sera la participation de la Suisse dans les travaux de ce groupe ?

«La Task Force déploie ses activités par le biais de ses groupes de travail dans lesquels la Suisse est représentée. Ainsi, le délégué suisse au "Academic Working Group" est le professeur Jacques Picard, directeur de l'Institut d'Etudes Juives de l'Université de Bâle, alors que Mme Monique Eckmann, professeure à l’Institut d'Etudes Sociales, Ceres et Intermigra, de Genève, représente la Suisse au "Education Working Group". M. Samuel Althof de l'organisation "Aktion Kinder des Holocausts" quant à lui est notre représentant au "Information Working Group" qui s’occupe surtout du réaménagement du site Internet de la Task Force (http://taskforce.ushmm.gov). De plus, les associations suisses actives en matière d'éducation, de recherche et de mémoire de l'Holocauste ont été invitées à se réunir dans un groupe d'accompagnement. Ce groupe se réunit deux fois par année entre les assemblées plénières de la Task Force. Son rôle est celui de pivot entre, d’une part, la délégation et ce qui se fait au niveau international au sein de la Task Force et, d’autre part, le travail de terrain et la réalité au quotidien dans les écoles et le monde associatif suisses.»

 

 


La Suisse a-t-elle des projets qu’elle entend développer sur son territoire afin de participer à la pédagogie de l’enseignement de la Shoah ?

«Il n'y a pas de curriculum spécifique dédié à l'enseignement de la mémoire de l'Holocauste dans les écoles suisses ; cette situation correspondant à celle existant dans la plupart des Etats membres de la Task Force. En revanche, l'enseignement de la mémoire de l'Holocauste a lieu dans le cadre de l'école, obligatoire dans les cours d'histoire, de sciences sociales ou d'environnement. Dans ce cadre, l'enseignement de la mémoire de l'Holocauste se concentre sur la connaissance des événements (où, qui, quand, comment, pourquoi).

 

A partir du Secondaire II (formation professionnelle et gymnase), cet enseignement se concentre sur une approche plus critique : analyse des thèses nazies, de la logique de l'extermination, etc.

 

L'engagement politique des cantons à promouvoir l'enseignement de la mémoire de l'Holocauste à l'école a pris un caractère particulièrement fort avec la décision du 12 juin 2003 adoptée à l'unanimité par les ministres cantonaux de l’Instruction publique dans le cadre de la CDIP. Outre le fait que cette décision fixait la Journée de la mémoire au 27 janvier, elle précisait également les objectifs d'enseignement, à savoir comme point central la mémoire de l'Holocauste et avec comme éléments supplémentaires, la prévention des crimes contre l'humanité et la promotion des droits de l'homme.

 

Il est à relever qu'une telle décision est tout à fait exceptionnelle au niveau national puisque d'ordinaire les plans d'étude et les programmes d'enseignement sont décidés individuellement par chaque canton et non à l'échelle du pays. Depuis le lancement de cette Journée en 2004, les cantons ont d'ailleurs pris, outre l'enseignement régulier, des mesures en vue de réaliser concrètement cette commémoration dans les établissements scolaires : séminaire de formation des enseignants à Genève, production de moyens d'enseignement à Lucerne, site Internet pour les élèves et les enseignants en Suisse romande, etc.

 

Signalons encore qu'en 2005, la CDIP organisera un séminaire pour enseignants et formateurs destiné à présenter l'ensemble des moyens d'enseignement existant au niveau national dans ce domaine, les projets en cours à l'échelle nationale (Fonds de lutte contre le racisme et l'antisémitisme rattaché au Département fédéral de l’intérieur) ainsi qu'à l'échelle internationale, (Task Force, Conseil de l'Europe), les buts et les documents fondamentaux de la Task Force. S'agissant de la formation des enseignants, depuis 2003, les cantons ont remplacé le système décentralisé de formation des enseignants qui existait en Suisse par 15 Hautes Ecoles Pédagogiques de niveau universitaire.»

 

 


Comment percevez-vous le travail du monde associatif sur les questions liées à l’enseignement de cette période de l’histoire ? Notamment celui de la CICAD ?

«Le travail du monde associatif est d'une importance déterminante en ce qu'il complète très utilement les efforts de la CDIP, des directions cantonales de l'instruction publique, des écoles et des enseignants. C'est bien sûr le cas de la CICAD avec les voyages qu'elle organise à Auschwitz, les brochures et moyens d'enseignement qu'elle publie, le soutien qu'elle offre aux écoles pour l'organisation des Journées de la mémoire ainsi que l'élan et la ténacité avec lesquels elle conduit sa mission à bien. Au sein du groupe d'accompagnement de la Task Force dont je parlais, la CICAD joue un rôle très en vue et je lui en suis reconnaissant.»

 

Interview publiée le 24 juin 2005

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