David Shapira

David Shapira est Directeur des programmes francophones d'«Aroutz 7», radio privée, et Directeur de l'Agence d'Informations en français. Interview du 3 juin 2005.

 

David Shapira

 

David Shapira, vous habitez l'implantation de Bet El. Beaucoup de gens, à l'extérieur d'Israël, ont une très mauvais image des implantations; pouvez-vous nous expliquer ce qu'elles sont exactement et qui sont leurs habitants ?

«En 1967, pendant la Guerre des Six jours, la Judée-Samarie, Gaza, le Golan et Jérusalem-Est ont été conquis par l'armée israélienne et Moshé Dayan a déclaré que ces territoires seraient une monnaie d'échange pour des négociations avec les pays arabes pour arriver à la paix. La réponse à cette proposition israélienne, c'est la Conférence de Khartoum, avec les trois "non": non à la reconnaissance, non aux négociations et non à la paix avec Israël.

 

En 1973, Israël a subi un choc psychologique assez traumatisant, la Guerre de Kippour. Même s'il y a eu une victoire militaire, Israël a ressenti cette attaque surprise comme une défaite morale: l'armée n'était pas préparée, le peuple n'était pas préparé, les généraux étaient orgueilleux et pensaient qu'Israël était invincible. Cette crise morale a suscité un courant religieux qu'on a appelé le Goush Emounim, le Bloc de la Foi, et qui, au lendemain de la Guerre de Kippour, s'est considéré comme la suite du mouvement sioniste. Et à partir de 1973, sous le gouvernement Rabin, il a tenté à plusieurs reprises de se réinstaller dans le territoire de Judée-Samarie. En 1977, le pouvoir, sous Begin, a favorisé ces implantations. Le gouvernement du Likoud a toujours vu ces implantations comme un moyen pour assurer la sécurité. Et puis, il faut dire que pendant ces années, il n'y avait pas de partenaire [pour la paix] !

 

Les implantations en règle générale, sauf Hebron qui est un cas particulier, ont été crées sur des terres domaniales, c'est-à-dire des terres qui appartenaient à l'Etat ou à l'armée; ces terres-là ont toujours été des terres non privées. Toutes les implantations ont été construites sur des terres ou, de toute façon, il n'y avait aucun Arabe qui habitait.»

 

 

Vous êtes opposé au Plan de Désengagement; pourquoi ?

«Aujourd'hui, nous sommes environ 240 000 citoyens israéliens qui vivent en Judée-Samarie et à Gaza. De la même façon que je n'envisage pas, et que je n'ai aucune raison morale d'envisager, un transfert de la population palestinienne parce qu'elle pourrait me gêner, je ne vois pas pourquoi moi qui suis installé depuis trente ans chez moi, légalement, sans avoir chassé personne pour construire ma maison, avec toutes les autorisations nécessaires du gouvernement israélien, je ne vois pas pourquoi moi je devrais quitter ma maison.

Beaucoup de gens, dont je fais partie, s'opposent à ce plan tout d'abord parce qu'il est unilatéral, donc il n'y a pas de partenaire et on ne reçoit rien en contrepartie. Donc, toute la conception des territoires comme monnaie d'échange pour la paix avec les pays arabes et les Palestiniens est perdue.

 

Une deuxième raison pour laquelle nous ne sommes pas d'accord avec ce plan, c'est qu'on ne sait pas exactement où cela va mener: ce n'est pas parce que 1500 familles juives vont quitter la Bande de Gaza que tout va bien se passer et que les Palestiniens vivront dans un monde extraordinaire. Il y a là-bas une surpopulation, il y a un problème de chômage et de corruption très très grave, et économiquement c'est invivable; donc ce Plan ne résout rien.

 

La troisième raison est que plus le désengagement approche et plus les risques d'attentats augmentent: les Israéliens doivent quitter la Bande de Gaza, selon le Hamas, de façon humiliante; cela doit être perçu comme une défaite des Israéliens, de la même façon que les Israéliens sont partis en juin 2000 du Liban, la tête basse, commme des voleurs, la nuit. Et ce scénario va continuer: aujourd'hui, en Judée-Samarie, région proche des grandes villes israéliennes, des ateliers fonctionnent déjà pour fabriquer des roquettes.

 

D'ailleurs, le chef du Mossad, le chef de l'armée et le chef du Shabak (la sécurité intérieure), qui sont quand même des personnes qui ont une certaine connaissance de la sécurité, ont tous les trois pratiquement été limogés parce qu'ils disaient tous les trois la même chose, à savoir que ce plan est mauvais et qu'il n'aboutira à aucune paix.»

 

 

Pensez-vous que les réfugiés palestiniens devraient avoir le droit de revenir en Israël ?

«Amos Oz, écrivain israélien et chef de file de la gauche israélienne, avait écrit un article cinglant au lendemain de l'échec de Camp David qui disait que "le retour de 3 à 5 millions de réfugiés dans le territoire israélien, cela signifie tout simplement la fin de l'Etat d'Israël, du seul Etat juif au monde". De même, Benny Morris, chef de cette mouvance qu'on appelle les "nouveaux historiens"*, a dit en 2001: "Cela fait quatre fois (en 1937, 1947, 1978-79 et en 2000) qu'on essaie d'arriver à un arrangement avec les Palestiniens, cela fait quatre fois que le côté juif dit oui et cela fait quatre fois que les Palestiniens disent non".»

 

Interview réalisée le 3 juin 2005

Photo : Hervé Gross


* Les «nouveaux historiens» sont des historiens israéliens qui remettent en question toutes les thèses généralement acceptées quant à l'histoire de l'Etat d'Israël.

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