Eli Moyal

 

Eli Moyal est le maire de Sderot, en Israël. Interview du 30 mai 2005.

 

La ville de Sderot a payé, et continue à payer, un lourd tribut pendant la Deuxième Intifada; comment gérez-vous cela au quotidien ?

«Jusqu'en avril 2001, Sderot était une ville très calme et, soudain, un premier missile a atterri ici. Et, tout d'un coup, le monde et les Israéliens ont découvert que nous sommes situés à moins d'un kilomètre de l'ennemi ! Depuis, plus de 700 missiles ont atterri à l'intérieur de la ville. Neuf personnes ont été tuées par ces missiles. Des milliers et des milliers de personnes souffrent de post-traumatisme: des petits enfants refusent de sortir après le coucher du soleil, chaque porte claquée à Sderot fait l'effet d'une bombe, les gens font des cauchemars ou n'arrivent pas à dormir... De nombreux travailleurs sociaux et psychologues travaillent ici.

 

Mais après quatre ans d'attaques de missiles, personne n'a encore quitté Sderot. On m'a demandé des milliers de fois comment ce phénomène s'explique. La réponse est très simple: nous n'avons pas d'autre endroit où aller. Sderot est à l'intérieur de la "ligne verte", donc à l'intérieur des frontières internationalement reconnues. Et si on commence à quitter les villes qui sont à l'intérieur de la "ligne verte", nous avons perdu. Nous sommes venus ici après 3000 ans en diaspora, ce n'est pas pour perdre cet endroit à nouveau. C'est notre Etat. Tout le monde à Sderot vous le dira: nous restons ici parce que nous ne pouvons pas leur permettre de gagner. C'est une guerre. Nous sommes toujours en train de nous battre pour notre indépendance.»

 

Eli Moyal

 

D'ici deux mois, le Plan de Désengagement de Gaza va se mettre en place; que pensez-vous de ce plan ?

«J'étais un des plus grandes opposants à ce plan. Dès que les troupes israéliennes et les habitants des implantations auront évacués Gaza, la situation empirera pour Sderot. Actuellement, les Palestiniens sont en train d'accumuler des armes dans la Bande de Gaza. Et ils en ont de plus en plus. Et ils ne les accumulent pas pour les mettre dans un musée... ils les rassemblent pour les utiliser. Et un jour, ils vont les utiliser. Si vous lisez les journaux palestiniens, ils le disent clairement: après le retrait de Gaza, le prochain pas sera de forcer Israël à donner encore plus et le seul moyen pour cela est d'envoyer plus de missiles.

 

Il y a une différence entre un désengagement et un traité de paix: s'il y avait un traité de paix sur la table en ce moment, on pourrait avoir une majorité de 80 % des Israéliens qui l'accepteraient. Mais ce n'est pas un traité de paix.»

 

 

Ce retrait ne va-t-il donc rien changer, selon vous ?

«Le problème est que les Palestiniens disent que tout l'Etat d'Israël est un territoire palestinien et que les Israéliens disent le contraire. C'est pourquoi nous devons trouver un compromis qui sera pénible pour les deux parties. Et les Israéliens l'ont accepté. Je viens d'un parti très très à droite dans le paysage politique israélien, mais nous avons changé avec le temps: nous avons accepté le fait que nous n'avons rien à faire à Gaza. Le problème est que le terrorisme continuera de venir de la Bande de Gaza, même après que nous serons partis de là-bas, et il empirera parce que les Palestiniens auront le sentiment qu'ils auront forcé Israël à bouger. Pour eux, c'est une victoire: ils ne paient rien pour avoir Gaza.

 

Des Juifs expulsés de leurs maisons par des Juifs et par la force, c'est une image traumatisante pour nous. Et pour quel résultat ? C'est le problème avec ce Plan de Désengagement. Mais nous ne ferons rien contre ce plan parce que nous vivons dans une démocratie. Je suis contre ce plan mais je l'accepte parce que c'est la démocratie.»

 

 

Interview réalisée le 30 mai 2005

 

Photo : Hervé Gross

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