Itzhak Levanon

Itzhak Levanon est ambassadeur à la Mission d’Israël auprès de l’Office des Nations unies. Interview du 17 juin 2005 :

Israël subit depuis de nombreuses années les condamnations de l’ONU. En septembre 2004, Itzhak Levanon est nommé ambassadeur à la Mission d’Israël auprès de l’Office des Nations unies. Après dix mois d’exercice et avant le désengagement prévu en août (1), il livre le point de vue israélien sur les instances onusiennes.


Itzhak Levanon

Comment aujourd’hui qualifieriez-vous l’attitude de l’ONU envers l’Etat d’Israël ?

«Ces derniers mois, nous assistons à une amélioration des relations entre Israël et l’ONU. Mais les problèmes de fond persistent, que ce soit à New York ou à Genève, Israël est toujours singularisé d’une façon négative. On le constate dans les résolutions, les agendas de discussion et les prises de position. à l’heure où l’on parle de réformes, y compris celles qui concernent la Commission des Droits de l’Homme ici à Genève, il faudrait envisager des réformes telles qu’Israël soit sur un pied d’égalité avec les autres pays du monde.»

 

Pourquoi Israël n’a-t-il aucune fonction liée aux Droits de l’Homme ?

«Malheureusement Israël n’appartient à aucun groupe régional. Les pays africains, asiatiques ou sud-américains appartiennent tous à un groupe. Il en est de même pour les pays arabes qui appartiennent à la Ligue Arabe. Israël pour des motifs politiques d’objection arabe principalement n’est inclus dans aucun groupe régional. Notre idéal serait de rentrer dans le groupe des pays européens, pour des raisons d’affinités. D’autre part, des décisions prises par les Nations unies, et plus précisément par le Comité des Droits de l’Homme, ont marginalisé l'Etat d’Israël. Des résolutions sont ou ont été exclusivement dédiées au conflit israélo-palestinien, pour des raisons purement politiques. Au sein de la Commission des Droits de l’Homme, une singularisation négative d’un seul pays face au reste du monde crée un déséquilibre, qui peut être néfaste pour la paix. Par ailleurs, le mécanisme de la Commission des Droits de l’Homme aboutit à des absurdités. Ainsi, des États qui sont connus pour leur violation des droits de l’Homme arrivent à occuper la présidence (2) de la Commission. Il faut donc aujourd’hui trouver un équilibre pour changer ce mécanisme. Le fait d’adopter des résolutions orientées contre Israël permet également à d’autres pays de se cacher derrière et d’éviter que l’on se penche sur ce qu’il se passe chez eux.»

 

 

Durant la dernière session de la Commission des Droits de l’Homme, vous avez déclaré : « la paix ne saurait être réalisée en accusant l’une des parties et sans que les responsabilités ne soient partagées. » Cela signifie-t-il que l’Autorité Palestinienne n’est jamais placée face à ses responsabilités dans le conflit qui l’oppose à Israël ?

«Si on veut arriver à une vraie paix, il faut chercher les racines du conflit et trouver une solution. Lors de la création de l'Etat d’Israël, tous les pays arabes ont attaqué le pays avec un seul but : le détruire. Le conflit a commencé ainsi. Ce genre de position a abouti aujourd’hui au terrorisme palestinien. Du sang juif et palestinien a coulé et des innocents sont morts. Si nous voulons arriver à une paix, on ne peut pas blâmer une seule partie. C’est pourquoi j’ai déclaré que la responsabilité est portée par les deux camps.»

 

 

Les pays arabes véhiculent-ils des propos antisémites ?

«Au sein de l’ONU, et dans les forums internationaux, j’ai pu lire des rapports, des comptes-rendus avec des propos clairement antisémites (3). C’est inacceptable au XXIe siècle. Si tout le monde est d’accord pour combattre l’antisémitisme en tant que discrimination raciale, il est aberrant de voir des pays arabes qui continuent à s’exprimer de cette façon. On peut ne pas être d’accord sur un point de droit au sein de l’ONU, mais la façon de l’exprimer doit être convenable.»

 

 

Israël est une démocratie, plus forte militairement que l’Autorité Palestinienne, n’est-il pas légitime d’attendre d’elle de montrer l’exemple dans le conflit ?

«C’est vrai, Israël est un pays fort, économiquement, culturellement, militairement. Mais, nous n’utilisons pas cette force contre les Palestiniens. La vraie violence est celle des terroristes, qui touche la société israélienne. La violence israélienne n’est rien à comparer de la violence des groupes terroristes palestiniens.»

 

 

Dans les rapports de l’ONU, on peut lire « le Golan syrien occupé ». Israël ne devrait-il pas se retirer du Golan afin d’amorcer un dialogue de paix avec son voisin du nord ?

«La question est de savoir quelle serait la situation si nous n’étions pas sur le Golan. Nous considérons la situation en regard de ce qu’il se passait avant 1967. à l’époque, les Syriens du plateau du Golan tiraient sur les Israéliens qui cultivaient la terre en dessous dans la vallée. Les moyens diplomatiques, ainsi que les discussions internationales ne sont pas parvenus à résoudre ce problème. La Syrie, la Jordanie et l'Egypte nous ont ensuite attaqué en 1967. Nous avons donc conquis le plateau. Du point de vue juridique, le plateau du Golan fait partie intégrale de l'Etat d’Israël d’après la loi israélienne. Les Syriens disent que le Golan fait toujours partie de leur État. Du point de vue de l’ONU, il est considéré comme territoire occupé par Israël, mais cela ne reflète pas les relations entre Israël et la Syrie. Dans les futurs négociations avec la Syrie, nous prendrons en compte la sécurité d’Israël. Nous avons eu des discussions avec la Syrie à ce sujet par le biais d’une tierce partie, principalement les Etats-Unis, afin de conclure un accord à l’amiable et satisfaisant du point de vue de la sécurité. Aucun arrangement aujourd’hui n’a été trouvé. Il faut prendre en considération la virulente animosité syrienne à l’encontre d’Israël.»

 

 

Opposez-vous le droit international et la justice ?

«Non. Dans le droit international, accepté par les Européens et par les Nations Unies, Israël a le droit à vivre en sécurité et en paix, il a aussi le droit à l’autodéfense. On ne peut donc pas opposer droit international et justice, c’est une façon erronée de voir les choses. Les décisions internationales parlent aussi de sauvegarde, de survie, de défense, de droit à l’existence de l'Etat d’Israël. Le conflit vient de ce que les pays arabes et les groupes terroristes palestiniens ne sont pas conformes avec les décisions des Nations Unies et le droit international. La position européenne par exemple est unanime en ce qui concerne le terrorisme palestinien contre l’Etat d’Israël.»

 

 

Le 9 juin dernier les parlementaires américains ont critiqué vivement l’attitude de l’ONU envers Israël. Parmi les réformes présentées à l’ONU par la Commission des Lois du Parlement, un chapitre est consacré à Israël, visant à garantir un équilibre entre l’Etat israélien et l’Autorité Palestinienne. Est-ce une question de pouvoir ?

«Non, ce n’est pas une question de pouvoir mais de représentativité. L’Autorité Palestinienne n’est pas un Etat. Au sein de l’ONU, il occupe un rôle d’observateur, c’est une situation intérimaire. Ce déséquilibre se traduit par les faits suivants : Israël n’appartient à aucun groupe régional ; il lui est impossible de siéger au Conseil de Sécurité. Mais un pays comme la Syrie, dont tout le monde admet sa situation du point de vue des droits de l’Homme, siège au Conseil de Sécurité. Pour la première fois la semaine dernière, et ceci constitue un fait très positif, l’Assemblée Générale des Nations Unies a élu l'Ambassadeur israélien à New York, président adjoint. Cette élection est très symbolique et très encourageante.»

 

 

Selon un rapport du Bureau International du Travail (BIT) publié fin mai dernier (4), le Plan de Désengagement réduira à zéro le nombre de travailleurs palestiniens en Israël d’ici 2008. Ne craignez-vous pas d’alimenter en main-d’œuvre les groupes terroristes en précarisant un peu plus la situation des employés palestiniens ?

«Le BIT demande-t-il à la Confédération de faciliter l’accès des travailleurs français en Suisse ? Ou des travailleurs turcs en Allemagne ? Des Mexicains aux États-Unis ? Après le désengagement, celui de la Bande de Gaza par exemple, il y aura Israël d’un côté, et l’Autorité Palestinienne de l’autre. Tout ce qui a trait au rapport bilatéral sera discuté entre les deux parties. Si ensuite Israël trouve un intérêt à recevoir des travailleurs palestiniens, ou que les Palestiniens soient intéressés par d’éventuels investisseurs israéliens, ils pourront se le dire sans intervention internationale. Ce n’est pas aux organisations internationales de préjuger de ce que va être les relations entre deux entités. Il faut avant tout aider les Palestiniens à construire leur propre société. Là encore, comme vous avez dit, on exige plus d’Israël parce qu’elle est plus forte, mais s’il y a une logique, elle doit être la même pour tout le monde. L’intérêt d’Israël est d’avoir un voisin qui soit stable, démocratique, économiquement fort.»

 

 

A l’heure actuelle, il semble que Mahmoud Abbas est prêt à reconnaître la légitimité de l’Etat d’Israël.

«Non, je ne suis pas d’accord. Israël reconnaît la nécessité de l’existence d’un Etat palestinien. Je ne suis pas convaincu que les Palestiniens soient prêts à accepter l’existence d’un Etat juif, Israël.»

 

 

Les Palestiniens, donc Mahmoud Abbas également ?

«Tous les Palestiniens. Nous acceptons la création d’un Etat palestinien ; en retour je voudrais que les Palestiniens reconnaissent mon droit à avoir un Etat juif qui s’appelle Israël.»

 


Cette interview a été réalisée le vendredi 17 juin 2005 par Fabien Franco pour le magazine Kaële; elle est parue dans Kaële N°14 (juillet/août 2005) et est reproduite ici, de même que les notes l'accompagnant, avec l'autorisation du magazine.

 

 

Photo : Hervé Gross

 


(1) Le Plan unilatéral de Désengagement prévoit l’évacuation des implantations israéliennes (ou colonies de peuplement selon l’ONU), au début du mois d'août 2005, de la Bande de Gaza et de Judée-Samarie.

Sur les principes du désengagement : www.mfa.gov.il/

(2) Makarim Wibisono (Indonésie) fut le président de la 61ème session de la Commission des Droits de l’Homme, qui s’est tenue du 14 mars au 22 avril 2005.

Pour consulter la liste des présidents de 1946 à 2005 :
www.ohchr.org/

(3) Voir les déclarations à titre d’exemple de l'Ambassadeur d’Algérie auprès des Nations Unies lors de la 59ème session de la Commission des Droits de l’Homme, les 27 mars 2002 (matin, HR/CN/02/18, Communiqué de presse des Nations Unies) et 12 avril 2002 (HR/CN/02/37, Communiqué de presse des Nations Unies).

(4) La situation des travailleurs des territoires arabes occupés, Rapport du Directeur général à la Conférence Internationale du Travail, 93ème session, Bureau International du Travail, Genève, mai 2005.

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