Reuven Rivlin

Reuven Rivlin est Président de la Knesset. Interview du 31 mai 2005.

 

Beaucoup de gens n'arrivent pas à comprendre le concept d'«Etat juif». Comment l'expliquez-vous ?

«En Israël, il y a des nationalistes, il y a des socialistes,... mais tout le monde est d'accord pour dire qu'Israël est un Etat juif démocratique et c'est quelque chose qui est parfois très difficile à expliquer à des personnes qui viennent de l'extérieur. L'idée d'un Etat juif n'est pas quelque chose qui est remis en question ici, même si quelques fois nous devons faire face à beaucoup de critiques venant du monde entier: "Un Etat doit être l'Etat de tous ses citoyens". Bien sûr, cet Etat est celui de tous ses citoyens, mais nous devons, avant toute chose, sauvegarder l'Etat juif en tant que refuge pour les Juifs du monde entier.»

 

Reuven Rivlin

 

Mais un Etat juif peut-il vraiment être démocratique ?

«Israël est une démocratie sans limites. Notre démocratie est même plus grande que la démocratie américaine. Un exemple: lors de la dernière Intifada, nous avons dû cerner l'Eglise de la Nativité, dans laquelle 200 terroristes palestiniens avec du sang sur les mains se cachaient. Ils pensaient qu'ils seraient à l'abri à l'intérieur de l'Eglise et ils ont pris les prêtres en otages. Les terroristes ont fini par se rendre et l'un d'eux a ensuite déposé plainte devant la Cour suprême en arguant que l'armée israélienne avait usé de mesures incivilisées pour les forcer à se rendre ! Finalement, la plainte a été rejetée. Mais, si elle avait été acceptée, il aurait eu le droit de plaider devant la Cour suprême ! Un ennemi d'Israël ! Un autre exemple: à la Knesset, sur 120 membres, il y a onze Arabes, dont huit sont antisionistes !»

 

 

Que pensez-vous du Plan de Désengagement ?

«Vous devez comprendre qu'il y a des gens qui vivent dans les implantations depuis trois générations. Et la plupart d'entre eux ont été envoyés par le gouvernement, que ce soit par un Premier ministre travailliste ou du Likoud. Donc c'est très difficile. La majorité des gens en Israël croient qu'on devrait éviter absolument une guerre civile.

 

Nous devons apprendre à vivre ensemble, il n'y a pas d'autre moyen. Nous devons trouver un moyen d'avoir la paix pour toujours et pas seulement pour maintenant. Et une fois que nous aurons la paix, je suis sûr que nous trouverons une solution pour les implantations. [...] A Jérusalem vivent un demi million de personnes, la moitié sont des Israéliens et la moitié sont des Palestiniens. Si nous avons deux souverainetés sur Jérusalem (et Jérusalem est un microcosme qui représente le problème dans son ensemble), nous n'aurons pas la paix: nous aurons Belfast. Nous ne pouvons pas abondonner l'idée d'un Etat juif, mais nous comprenons les sentiments des Palestiniens. Donc nous devons trouver un moyen de vivre ensemble.

 

Chaque fois que nous avons fait un geste envers les Palestiniens, nous nous sommes retrouvés dans une situation pire qu'avant: après Oslo, nous avons eu la Première Intifada, puis, lorsque nous avons réussi à calmer l'Intifada, Barak a décidé de se retirer du Liban et nous avons eu la Deuxième Intifada. Chaque fois que nous avons fait un geste, il a été interprété par les Palestiniens comme quelque chose qu'ils pouvaient utiliser pour obtenir quelque chose d'autre. Et maintenant, ce désengagement unilatéral apportera au Hamas l'idée qu'il peut nous détruire.

 

Avant toute chose, les Palestiniens doivent arrêter le terrorisme et arrêter l'incitation à la haine. Cela leur prendra plusieurs générations. Après cela, lorsqu'il y aura une possibilité de vivre en paix avec nos voisins, nous pourrons faire des concessions. Mais faire des concessions sous la menace du terrorisme, c'est la mauvaise voie.»

 

 

Et que pensez-vous de la barrière de sécurité ?

«L'idée qu'ils sont là-bas et que nous sommes ici, l'idée de la séparation, c'est quelque chose qui ne peut pas marcher: toute l'économie du peuple palestinien est attachée à Israël; et l'économie israélienne est attachée aux Palestiniens. J'étais un de ceux, dans le mouvement nationaliste, qui rejetait l'idée de la barrière. Mais j'admets que cette barrière a sauvé la vie de milliers d'Israéliens: des enfants, des femmes, des civils, des gens innocents...»

 

 

Interview réalisée le 31 mai 2005

Photo : Hervé Gross

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