Tali Samesh

Tali Samesh est ancienne Consule Générale d'Israël à Marseille et représentante du Ministère des Affaires Etrangères israélien. Interview du 29 mai 2005.

 

Tali Samesh, quel est votre parcours ?

«Mon dernier poste était: Consule Générale à Marseille. Aujourd'hui, je suis au Département de la Presse et je me spécialise dans les journalistes francophones (France, Belgique, Suisse, Canada). Cela fait maintenant presque 30 ans que je suis au Ministère des Affaires Etrangères; j'ai une maîtrise de littérature française et je suis en train d'écrire un doctorat sur la science-fiction française

 

Tali Samesh

 

Comment jugez-vous la situation actuelle au Proche-Orient ?

«Nous sommes dans l'une des périodes les plus passionnantes et, je crois, les plus difficiles qu'ait connu Israël depuis sa création. Nous sommes à la veille de ce qu'on appelle le "désengagement"; ce désengagement est une solution préconisée par le gouvernement israélien pour pouvoir reprendre les pourparlers de paix avec l'Autorité palestinienne, pourparlers qui avaient déraillés en 2000 - ce qu'on a appelé la Seconde Intifada, soit-disant attribuée à la venue d'Ariel Sharon sur le du Temple, mais qui finalement avait déjà commencé bien avant. Ce désengagement est, d'après moi, l'épreuve la plus compliquée que devra affronter la région, pas seulement l'Etat d'Israël mais toute la région, dans les années qui vont venir. Nous espérons que c'est vraiment le début d'une nouvelle période. D'ici deux mois, en espérant que tout se passe bien, l'armée israélienne se retirera, après les colonies, de la Bande de Gaza et du nord de la Judée-Samarie; il s'agit d'à peu près 9000 personnes qui vont devoir être réinstallées en Israël.

 

Il faut savoir que les Palestiniens (je parle de la population palestinienne) attendent un changement immédiat, drastique. Il est évident que les choses n'iront pas tout de suite mieux.

 

Dans la société israélienne, il y a en ce moment, concernant ce désengagement, un grand scepticisme. Le fait même, par exemple, de quitter la Bande de Gaza pose un grand nombre de problèmes: tout ce qui est infrastructure est relié directement à Israël, que ce soit l'électricité, les égouts, l'eau... Si, d'après ce qu'exige la loi internationale, en nous retirant, nous devons rendre le terrain pareil à ce qu'il était quand nous sommes arrivés en 1967, ça veut dire: tout raser. Est-ce que vous imaginez un peu la manière dont cette action sera perçue, pas seulement par les Palestiniens mais par le monde entier ? D'ailleurs, il y a des voix dans l'Autorité Palestinienne qui voudraient bien nous voir tout démolir parce que les maisons construites par ceux qu'on appelle "les colons israéliens" ne répondent absolument pas aux besoins de la société palestinienne. Admettons que la communauté internationale comprenne qu'on doit tout retirer: ça va faire des millions de tonnes de gravats à déplacer... pour les mettre où ? Est-ce qu'on va utiliser de la main-d'oeuvre israélienne ? Est-ce qu'on va utiliser de la main-d'oeuvre palestinienne ? De nouveau, essayez de voir un peu l'image de main-d'oeuvre palestinienne en train de démolir les maisons des Israéliens ! Il faut penser à ces choses là... ce n'est pas évident ! C'est facile de dire: "il faut se retirer, il faut démolir"; c'est beaucoup plus difficile à faire sur le terrain.»

 

Comment les Palestiniens perçoivent-ils ce désengagement ?

«Vous vous souvenez qu'en 1999, Israël s'était retiré unilatéralement du Liban. La perception de ce retrait dans la société palestinienne était que "par la force, on peut faire partir les Israéliens". Est-ce que le fait de se retirer de Gaza, d'une façon plus ou moins unilatérale, ne va pas créer, chez nos partenaires, la perception que "si on continue, ils se retireront de la Judée-Samarie et éventuellement de tout Israël" ?

 

Il y a un grand espoir, en Israël, depuis que c'est Abou Mazen qui est le Premier ministre palestinien. Reste à savoir si le Hamas qui, aujourd'hui, est très fort et se renforce de plus en plus dans la société palestinienne, ne risque pas d'entraver les efforts d'Abou Mazen pour reprendre la discussion avec Israël.»

 

 

Quel regard jetez-vous sur la société israélienne aujourd'hui ?

«Vous savez, dans ce pays qui a, en tout et pour tout, 57 ans et qui a surmonté des difficultés immenses depuis sa création, nous sommes arrivés à faire des choses purement extraordinaires. Quand on pense à ce pays qui a été créé par des gens qui étaient des réfugiés pour la plupart, venus d'Europe à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, alors qu'ils étaient pourchassés dans les pays dans lesquels ils vivaient, venus après la Seconde Guerre mondiale, sortis de l'enfer de cette guerre, venus des pays arabes, d'Afrique du Nord, parce qu'ils ne pouvaient plus vivre là-bas après la création de l'Etat d'Israël, venus d'Union Soviétique ensuite, après avoir été reprimés là-bas... un pays créé pour que les Juifs du monde entier aient où venir en cas de besoin, quand on pense à ces gens qui venaient, pour la plupart, de pays où il n'y avait pas de tradition démocratique, ou où les démocraties s'étaient effondrées, et qui ont réussi à édifier une société démocratique... des gens qui n'avaient pas eu de formation agricole, puisque les Juifs dans la plupart des pays n'avaient pas le droit d'avoir des terres, et qui ont créé ici une agriculture qui est à la pointe de l'agriculture moderne, qui ont créé ici une industrie qui est à la pointe de l'industrie... on se demande ce à quoi on serait arrivé, si on avait pu tout développer sans avoir besoin, en plus de cela, d'investir tellement dans notre protection !

 

En 1973, pendant la Guerre de Kippour, mon meilleur ami est tombé sur le front de l'Egypte; et j'ai donc appelé mon fils Yonathan, par son nom, en me disant: "il porte son nom, mais il n'aura pas besoin d'aller à l'armée". Mon fils a 27 ans; il fait des périodes de réserves tous les ans. Ce n'est pas cela que nous voulions, vraiment ! Mais d'un autre côté, il y a un espoir. Il y a vraiment un espoir.»

 

Interview réalisée le 29 mai 2005

 

Photo : Hervé Gross

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