May

07

2009

La synagogue de Genève va dédier une salle au rabbin Safran

La synagogue, qui se trouve sur la place du même nom, fêtera ce dimanche ses 150 ans. Construite sur un terrain libéré par la démolition des fortifications genevoises, elle se dressait au milieu de rien en 1859. Sur le plan urbain, les choses ont bien changé depuis...

L'événement du jour sera cependant la dédicace d'une salle à la mémoire du rabbin Alexandre Safran (1910-2006). Cet homme n'a pas fait que diriger la communauté hébraïque de Genève à partir de 1948. Il a auparavant sauvé de la déportation une grande partie des juifs de son pays, la Roumanie. Des centaines de milliers de personnes. «Ses interventions ont permis d'empêcher le départ de trains vers la Pologne

«Mon père avait été élu rabbin au pire moment», poursuit son fils Avinoam, médecin à Genève. C'était en 1940. «A 29 ans, il allait diriger ce qui formait alors la quatrième communauté israélite de la planète.» L'homme y était cependant préparé. Sous l'aile de son père, déjà rabbin, ne donnait-il pas déjà des avis religieux et pratiques à 11 ans ?

Lors de la prise du pouvoir par les communistes, fin 1947, Alexandre Safran doit quitter d'urgence la Roumanie. Budapest, Prague, puis Paris. Le hasard et la logique l'amènent à Genève. «Le poste de rabbin était vacant. Mon père parlait admirablement le français et l'allemand. Il était connu par ses actions de résistance.» Il se retrouva donc chez nous, avec sa fille Esther, 10 ans, et son fils Avinoam, alors âgé de 3 ans.

Genève semblait faite pour lui. Ce n'était pas que le lieu où il exerçait ses fonctions, tout en donnant à l'Université des cours souvent publiés et traduits depuis. Le rapprochement avec les Eglises chrétiennes lui tenait à cœur. Or, Genève n'abrite-t-elle pas le Conseil œcuménique des Eglises ? «Si je devais caractériser sa pensée, je parlerais d'une forme juive très authentique, mais rattachée à la philosophie et ouverte au monde moderne.» N'avait-il pas, avant guerre, été consulté par Freud ?

«Je pense que, par ses contacts, il a contribué au rayonnement de la cité», ajoute notre interlocuteur d'une voix douce. «Mon père était lié avec le protestant Karl Barth. Mgr Mamie l'embrassait dans les réunions. Jean Paul II l'a invité au Vatican.» La figure était charismatique. «Je le revois, la tête penchée en avant. Il avait quelque chose d'angélique

La reconnaissance dont bénéficie Alexandre Safran ne reste pas que locale. La communauté roumaine a créé une immense Bibliothèque Safran. La ville d'Iasi lui a dédié un institut. Il existe une chaire Safran à Tel-Aviv. «Ils rendent hommage à son humanisme, sa culture, son originalité de pensée et son refus de toute polémique stérile

A lire:
Alexandre Safran - Une vie de combat, un faisceau de lumière de Carol Iancu, édité par l'Université Paul-Valéry de Montpellier, 2007

Source: Etienne Dumont, Tribune de Genève - vendredi 8 mai 2009

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