Jul

14

2010

L'AKP et sa politique concernant le Hamas: lutter contre la radicalisation

Pour les Turcs, après sept années de propagande, le Hamas semble être une bonne organisation car il a été invité à Istanbul à sept reprises par le gouvernement et a eu plusieurs contacts avec lui. Il organise même des collectes de fonds en Turquie. Par conséquent, il ne faut pas s'attendre aujourd'hui à ce que les Turcs s'opposent à la vision du Hamas ou à ses politiques. En particulier en ce qui concerne les jeunes adolescents, ou ceux dans la vingtaine, qui ont atteint la majorité sous le régime de l'AKP.

Diverses réunions du Hamas et des Frères musulmans qui se sont tenues à Istanbul montrent les efforts que fournissent le gouvernement de l'AKP et ses partisans pour cultiver un réseau virtuel et généralement financé par l'argent du gouvernement. Ces réunions tenues en toute occasion – depuis un appel au djihad à un appel pour sauver l'environnement - agissent comme une plate-forme visant à amener le Hamas et les membres des Frères musulmans à se tourner vers la Turquie. Les réunions remplissent deux objectifs supplémentaires. Elles exposent les Turcs à une vision du monde où il y a "le gentil Hamas contre le méchant Israël» tout en blanchissant les actions violentes du Hamas. Deuxièmement, les réunions rassemblent le Hamas et les membres des Frères musulmans à travers le monde et les connectent aux Turcs, tout en promouvant l'idée que ces personnes et ces groupes appartiennent tous à un nouveau "monde musulman" dont la définition est politique – et dont le devoir est de lutter contre Israël, de s’opposer à ses poltiques et à sa présence au Moyen-Orient.  

On pourrait observer la montée des sentiments pro-Hamas et anti-israéliens en Turquie et les définir comme un problème ayant trait uniquement à Israël, et sans lien avec les États-Unis. D'autres pourraient même ajouter que l'antisémitisme en Turquie n'est pas un problème américain. Ces deux approches sont simplistes. La pensée islamiste, ainsi que les sentiments antisémites, anti-israéliens et anti-américains sont tous étroitement liés. La pensée islamiste va dans le sens suivant: «Les Juifs sont mauvais, donc Israël est mauvais. Les Juifs contrôlent l'Amérique, et donc l'Amérique est mauvaise."

Cette réflexion s’inscrit dans le contexte « post 11 Septembre » où il règne le sentiment que tous les musulmans de ce nouveau « Monde musulman » politiquement chargé devraient s'unir et s'opposer à Israël et aux États-Unis. Le problème en Turquie n'est pas que la politique étrangère du pays envers l'Occident est en évolution - de tels changements peuvent être inversés sous un nouveau gouvernement - mais plutôt que sous l'AKP, les attitudes turques envers les Juifs et les Américains, envers Israël et l'Amérique, sont en mutation. Dans ce monde manichéen « post 11 septembre », une fois que les Turcs traversent la ligne de l'Occident pour rejoindre le « Monde musulman », de tels changements peuvent s'avérer irréversibles.

Une suggestion pour lutter contre l’évolution des attitudes du public turc est une politique de tolérance zéro de la part des États-Unis et d’Israël sur les rhétoriques antisémite, anti-israélienne et anti-américaine dans les réunions parrainées, financées et entretenues par le gouvernement turc. Tout comme les États-Unis et Israël ne présentent pas les Turcs sous un mauvais jour dans les conférences financées par l’argent publiques ou les réunions internationales, le gouvernement turc devrait faire de même envers les États-Unis et Israël. Ce n'est vraiment pas beaucoup demander. Cela revient essentiellement à dire: «Faites comme nous faisons, et non comme nous ne ferions pas."

Une deuxième suggestion serait d'appeler les musulmans américains, les musulmans européens, et les musulmans d'ailleurs à reconnaître que la propagation des sentiments antioccidentaux, antisémites, anti-israéliens et anti-américains est un processus construit et politiquement orchestré. Si les musulmans ne reconnaissent pas ce problème maintenant, plus tard, à mesure que ses sentiments se propageront, d'autres personnes, y compris des Occidentaux, oublieront que leur propagation est un processus politiquement manipulé. Le danger serait alors que certaines de ces personnes pourraient alors effectivement « tourner » et salir la réputation de l'Islam. Les gens qui nient que la radicalisation est un processus politiquement fabriqué contribuent à donner une mauvaise réputation à l’Islam.

Soner Cagaptay est Senior Fellow et directeur du programme turc de recherche à l'Institut de Washington.

Source:
Soner Cagaptay, Hurriyet, vendredi 9 juillet 2010

Traduction CICAD

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