Jul

02

2007

L'association négationniste "Vérité et Justice" renaît en Roumanie

Dissoute en Suisse en 2002, par la justice fribourgeoise, l'association négationniste Vérité et Justice (V&J) a repris du service en Roumanie. Avec à sa tête le Valaisan René-Louis Berclaz, qui a habité plusieurs années à Châtel-Saint-Denis et Georges Piscosi Danesco, un Franco-Roumain établi dans l'ouest de la Roumanie.

C'est d'ailleurs au domicile de Danesco, pointure du mouvement néonazi euuropéen et propriétaire de la «Maison verte», un centre culturel local, que les deux hommes ont établi le siège de leur association qui a pour but de propager des idées niant le génocide juif durant la Seconde Guerre mondiale.

Contacté sur place par courrier électronique, René-Louis Berclaz ne cache pas qu'il continue son travail de négation de l'histoire de la Shoah, même si ce dernier lui a valu d'être condamné à plusieurs reprises par la justice helvétique pour discrimination raciale. Il a même purgé une peine de prison ferme de dix mois en Suisse, en 2005.

Croix gammée sur le mur
Mais voilà, au pied des Alpes comme des Carpates, la «vie des négationnistes» n'est pas un fleuve tranquille.

Le Valaisan s'est de nouveau frotté à la justice de son pays de résidence. En septembre dernier, il a été arrêté en compagnie d'un fugitif français, remis aux autorités hexagonales depuis. Ce dernier était recherché pour tentative d'homicide.

Pas de chance pour René-Louis Berclaz qui se trouvait en Roumanie depuis un mois, «pour y passer quelques jours de vacances», explique-t-il dans son courrier électronique.

Les limiers roumains s'intéressent à ses activités sur place. Ils fouillent la «Maison verte».

Première surprise: ils tombent nez à nez avec une croix gammée très visible sur un des murs de l'imposante bâtisse.

Deuxième surprise: ils trouvent du matériel négationniste, notamment des livres et des CD. «Je détiens quelques CD négationnistes en langue française pour mon usage personnel exclusivement», se défend le cofondateur de V&J Roumanie.

Troisième surprise: les enquêteurs trouvent un pistolet, un fusil de chasse et des cartouches.

Du coup, René-Louis Berclaz passe du statut de prévenu à celui de prisonnier le temps de l'enquête. Soit trois mois, indique un témoin de son audition sur un site négationniste.

«J'ai vu R. - L. Berclaz menotté avec un jeune Tsigane à l'aspect révoltant», écrit une femme, soutien du négationniste suisse. «R.-L. Berclaz m'a paru fatigué et accablé

Depuis, le Suisse est sorti de prison, mais il ne peut pas sortir du territoire roumain.

Vivant dans un lieu gardé secret pour des raisons de sécurité - «Ici, pour 1000 euros, un Tsigane vous plante un couteau dans le ventre, en plein jour et en pleine rue, ni vu ni connu», dit-il-, il attend son procès «aussi bien que possible pour quelqu'un qui est obligé de vivre au jour le jour depuis plus de dix mois dans un pays étranger».

Estimant que l'Ambassade suisse à Bucarest le soutient «comme la corde soutient le pendu», René-Louis Berclaz ne comprend pas pourquoi il vit une telle situation.

«La justice roumaine me reproche avant tout de détenir un fusil de sport, un modèle en vente libre en Suisse, et de me livrer à de la propagande raciste et xénophobe», poursuit-il.

Un peu naïf comme argument, non? «Je croyais détenir ce fusil en toute légalité, sur la foi de renseignements que m'avait commmuniqués un ami roumain», se justifie le Valaisan en refusant d'expliquer pourquoi il avait «importé» cette arme, ce qui est assimilé à de la contrebande d'armes en Rouumanie.

Et pour les CD et les livres? «Il faut savoir que la Roumanie n'est pas un Etat de droit, comme vient de le constater la Commission européenne, qu'il est très difficile d'y obtenir un renseignement juridique fiable et que la loi y est appliquée à la tête du client, autrement dit en fonction de l'épaisseur de son portefeuille ou d'autres considérations liées à la régression de la liberté d'expression en Europe», écrit-il encore à «La Liberté».

En revanche, René-Louis Berclaz s'inquiète pour son avenir. Il ne sait pas ce qu'il risque s'il est condamné, ni quand aura lieu son procès, «l'enquête n'étant toujours pas terminée». «Cela fait maintenant plusieurs mois» qu'il n'a plus été interrogé, constate-t-il en ajoutant que son avocat «n'y comprend pas grand-chose. Car il ignore tout des dessous des procès qui visent les négationnistes

Pour mémoire

 
1995 : René-Louis Berclaz s'établit à Châtel-Saint-Denis. Avec le secrétariat de l'association négationniste Vérité et Justice.

1998 : René-Louis Berclaz est candidat à la Préfecture de Veveyse. Le Tribuunal pénal de la Veveyse le condamne à quatre mois de prison avec sursis pour discrimination raciale.

2000 : Vérité & Justice envoie un contre-rapport Bergier aux parlementaires fédéraux. Plainte du conseiller national genevois Patrice Mugny.

2001 : Vérité & Justice est dissoute.

2002 : Condamnation à huit mois de prison pour discrimination raciale et calomnie par le Tribunal de la Veveyse.

2003 : Nouvelle enquête contre René-Louis Berclaz pour publication négationniste. Le Veveysan, qui doit purger sa peine, quitte la Suisse sans laissser d'adresse. Un mandat d'arrêt international est lancé.

En 2004, la justice retrouvait, en Serbie, la trace de René-Louis Berclaz. Ce dernier se rendait aux autorité aux autorités à l'Ambassade de Suisse à Budapest. Il purgeait alors sa peine. Fin 2004, la CICAD avait salué l'arrestation de ce dernier, après une année de fuite en Serbie-Monténégro.

En effet, depuis plusieurs mois, la CICAD n’avait cessé :
- d’intervenir auprès des autorités judiciaires de Genève et Lausanne pour dénoncer la distribution de tracts négationnistes sur lesquels figurait une tête de mort et la mention : « Holocauste c’est du bidon » ;

- d’informer les médias de son exil en Serbie-Monténégro sous prétexte que « ce pays est sans doute le dernier Etat européen à ne pas disposer d’une loi réprimant le “racisme” ».

Informée à l'époque de ce départ, la CICAD était intervenue auprès de l’Ambassadeur de Serbie en Suisse, S.E M. Dragoljub M. POPOVIC auprès duquel elle avait appris que son pays disposait de textes juridiques sanctionnant l’appel à la discrimination raciale, politique ou religieuse. (code pénal yougoslave de 1992, art. 134 – encore en vigueur - Charte des droits de l’Homme, des minorités et des libertés civiles de 2003, art. 3 et 51) ;

- de solliciter l’intervention des autorités judiciaires du canton de Fribourg et de l’Office fédéral de la Justice pour requérir l’extradition de René-Louis Berclaz afin qu’il purge sa peine.

La CICAD avait salué l’intervention efficace de l’Office fédéral de justice et de police ; cette arrestation permettant l’exécution des décisions rendues par la justice suisse fondée sur l’art. 261 bis du C.P.

En 2005, René-Louis Berclaz était libéré conditionnellement, puis arrêté en Roumanie, en novembre 2006.

Source : La Liberté - samedi 30 juin 2007, Le Courrier - samedi 30 juin 2007, CICAD

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