Jun

24

2007

Le carnavalier qui s'était déguisé en déporté de la Shoah regrette

Tunique à rayures bleues et blanches, étoile jaune, numéro matricule de prisonnier le costume ne trompe pas. C'est celui des déportés juifs, symbole même de l'extermination de six millions d'entre eux par les nazis pendant la dernière guerre.

 

C'est aussi le costume qu'un jeune homme a choisi de porter comme déguisement pour fêter le dernier carnaval de Monthey, le 18 février dernier (voir info du 13 juin 2007).

 

Dénoncée il y a dix jours par le quotidien La Liberté grâce à la photo de l'intéressé prise par un autre participant au Carnaval, l'affaire a scandalisé de nombreux milieux, bien au-delà de la communauté juive.

 

Qui est ce jeune homme? Quelles motivations l'ont amené à se promener en victime de la Shoah dans un cadre traditionnellement réservé à la bouffonnerie?

 

C'est ce qu'a voulu savoir notamment Johanne Gurfinkiel, Secrétaire général de la CICAD, pour qui cette mascarade est particulièrement choquante.

 

Johanne Gurfinkiel n'est pas partisan de poursuites pénales contre le jeune carnavalier, ainsi que le souhaiterait de son côté Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme, mais il aimerait pouvoir discuter avec ce jeune homme et voir comment lui faire prendre conscience de la portée de son geste.

 

Pour lui, «on est probablement en présence d'un adolescent confronté au manque d'éducation et à l'ignorance, premiers vecteurs de l'antisémitisme

 

Ce jeune homme, «Le Matin dimanche» l'a retrouvé et a pu s'entretenir avec lui mercredi. Hervé (prénommons-le ainsi) a une vingtaine d'années et il est boucher en Valais.

 

Ce qui l'a guidé dans le choix de ce déguisement? Il dit d'abord ne pas comprendre. «Eh bien, j'étais en prisonnier. Qu'est-ce qu'il a, ce costume?» Et quand on insiste, il s'exclame «ah, je vois! C'est parce qu'il y a l'étoile de David. Fallait le dire!».

 

Sur quoi vient son explication: «cette année, le thème du Carnaval de Monthey, c'était «Frissonnant». Et beaucoup parlent de la 2e Guerre mondiale comme de quelque chose de terrible, de frissonnant. J'ai donc pensé à ce costume, malgré que ça ne s'associe pas trop à une fête, malgré que c'était un génocide.» Un génocide dont Hervé n'ignore pas l'ampleur: «Il y a eu six millions de morts. C'est un truc horrible».

 

Il a donc «voulu montrer que l'effet de la guerre, c'est terrible», soutient-il, avant de reconnaître que le «carnaval, c'est fait pour faire la fête, pour décompresser». N'y aurait-il pas là comme une contradiction? N'a-t-il pas voulu faire de la provocation? «Oh, pas du tout! J'ai mon grand-père qui a fait la guerre, je sais que c'était vraiment triste.» Oui, lui fait-on remarquer, mais il ne s'est pas déguisé en soldat. Il s'est déguisé en déporté juif. C'est encore autre chose. Est-il antisémite? «Ah pas du tout! Je suis patriote, oui, j'aime mon pays, mais antisémite, non

 

«Choquer, ce n'était pas mon but»
Sur quoi, spontanément, il parle de bagarres auxquelles il a été mêlé avec un groupe d'étrangers qui venaient les «faire ch...», lui et ses copains. Mais ça, c'est fini, c'est du passé.

 

Son groupe de copains serait-il donc skinhead? «Ah non, pas du tout. C'est les autres qui le disent...» Quels autres? Ceux avec lesquels a eu lieu l'affrontement, croit-on comprendre.

 

Hervé n'a pas du tout envie qu'on parle de lui dans «Le Matin». Il fait savoir qu'il envisage des poursuites si on cite son nom et si on publie sa photo. Mais il le dit aussi, par deux fois: «S'il y a des communautés qui ont pu être choquées par mon déguisement, je m'en excuse. Choquer, ce n'était pas mon but premier".

 

 

Le mea culpa d'Hervé est accepté par la CICAD qui représente en Suisse la communauté israélite de Suisse romande.

 

"Nous acceptons les excuses du jeune Valaisan", déclare Johanne Gurfinkiel. "Nous sommes satisfaits que ce june homme ait pris conscience de la gravité de son acte qui ravive de très mauvais souvenirs. Un tel déguisement est porteur de symboles forts".

 

 

Mais il faut aller plus loin, estime Johanne Gurfinkiel. "Comme la Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey nous l'a écrit dernièrement dans un courrier officiel, nous pensons qu'il faut mieux sensibiliser les jeunes de ce pays contre la lutte de la banalisation de la Shoah. C'est essentiel si l'on veut éviter des cas comme celui du carnaval de Monthey".

 

Et Johanne Gurfinkiel d'inviter Hervé à rencontrer un survivant de l'enfer nazi pour mieux comprendre ce qui s'est passé il y a soixante ans. Une rencontre que le jeune homme accepte bien volontiers.

 

Le Nouvelliste, Le Courrier, La Liberté - samedi 23 juin 2007, Le Matin - dimanche 24 juin 2007,

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