May

01

2014

Les temps forts de mercredi 30 avril 2014

Pour cette première journée au Salon du Livre, la CICAD a proposé au public, une table ronde sur l'enseignement de la Shoah au 21e siècle avec des spécialistes ainsi qu'un témoignage de rescapé de la Shoah et sa séance de dédicaces.

 

 

Table ronde – Enseigner La Shoah au 21e siècle

11h00-12h30

 

Carole Reich, Chargée de mission au Conseil de l’Europe et responsable du Programme«Mémoire de l’Holocauste», Monique Eckmann, Membre de la délégation suisse auprès de l’IHRA, Yoni Berrous Directeur des Séminaires Francophones à Yad Vashem et Menno Vroon, artiste du spectacle Kamp de la compagnie de théâtre Hotel Modern, ont lancé avec ce sujet, la première table ronde ce mercredi 30 avril au stand de la CICAD . Pour guider leur réflexion, ils ont pu compter sur Olivier Francey, journaliste Le Temps et modérateur du débat. Quels méthodes et défis pour les éducateurs, comment envisager les futures années sans les précieux témoignages de rescapés dans les écoles. Autant de questions qui ont rythmées le débat devant une quarantaine de visiteurs conquis.

En ouverture, Monique Eckmann n’a pas manqué de rappeler qu’il existait bon nombre de débats actuels sur ce sujet et au sein même de l’IHRA « Doit-on avoir un enseignement uniquement sur l’histoire du national-socialisme ?Comme beaucoup le revendique en Suisse et en Europe, ne vaudrait-il mieux pas parler de l’holocauste et le mettre en parallèle avec les autres génocides ? Le vrai défi est d’enseigner à la fois le passé et l’avenir avec les droits humains. »

Pour Carole Reich, le défi est ailleurs : Malgré le grand nombre de rescapés disparus, les jeunes gardent un vif intérêt qu’il est impératif de continuer à susciter. Un point qui n’a pas manqué d’attirer la curiosité d’Olivier Francey, modérateur du débat qui a souhaitait en savoir plus. « Il faut savoir comment présenter cette thématique quand on est enseignant. La formation est en cela essentielle. Il y a différents outils pour répondre aux besoins des enseignants et amener les enfants à se poser la question et se l’approprier. Au sein du Conseil de l’Europe composé d’une cinquantaine de pays membres, il y a certes des dénominateurs communs mais nous nous devons d’adapter la méthode pour chaque pays avec des spécificités historiques propres qui intéresseront élèves et enseignants. J’ajouterai que des matières comme le sport ou l’art plastique peuvent tout comme l’histoire aborder le sujet. »

Une vision partagée par Yoni Berrous. « À Yad Vashem situé à Jérusalem, nous travaillons avec des enseignants du monde entier, ce qui nous permet de voir les similitudes et les différences de point de vue sur le sujet. Notre organisation a été créée pour que les victimes puissent être entendues et nous avons choisi dans notre enseignement d’aborder le sujet au travers des victimes. Ce point de vue manquait en occident. Pour exemple, en Allemagne ou en Autriche l’enseignement débute par cette question : comment on en est arrivé là ? Je rejoins par ailleurs Carole Reich sur l’idée d’aborder la Shoah sous de multiples angles, le sport, l’art mais aussi la philosophie et la littérature en collectant des témoignages et faits historiques. La culture de la mémoire fait partie de notre culture occidentale collective constituée de multiples symboles et figures comme Anne Franck.»

Menno Vroon, dernier intervenant de cette table ronde, a choisi d’utiliser non pas les symboles mais les bruits présents dans les camps de concentration pour mieux faire comprendre l’environnement dans lequel ont évolué des millions de juifs. Le spectacle Kamp qui connait depuis plusieurs années un véritable succès constitué de marionnettes est une autre manière d’enseigner la Shoah au grand public et pourquoi pas aux élèves dans les prochaines années.

Après ce riche échange entre spécialistes, le public curieux venu en nombre a pu discuter avec eux et ainsi enrichir leur connaissance de nombreux points.

 

Les premières photos sont sur Facebook

 

Des récits contre l’oubli

13h30 –15h00

Sami Sandhaus rescapé, est venu partager avec les visiteurs du Salon, son effroyable expérience. Un témoignage pour confirmer et authentifier un passé incroyablement monstrueux et inimaginable. Sami Sandhaus est rescapé du camp de Bershad de la région de Bucovine, entre l'Ukraine et la Roumanie. Déporté à 14 ans, il s'évadera deux ans après en 1943. Avec ce témoignage, l’objectif de la CICAD était de garder la mémoire de la Shoah pour lutter contre toutes les formes de discrimination et d’intolérance.

Pendant plus d’une heure, Sami Sandhaus a expliqué son parcours aux visiteurs curieux d’écouter un tel témoignage de son arrestation à Czernowitz jusqu’à sa déportation au camp de Bershad, où il  s’évadera avec sa mère en 1943. Voyage avec des déportés entassés dans des wagons à bestiaux, promiscuité, insalubrité, maladies, manque de nourriture et d’eau, travaux forcés, fusillades, tortures, il témoigna avec émotion des conditions inhumaines mais aussi de l'atteinte à la dignité subies dans ce camp de la mort où pendant deux ans et demi furent exterminés plusieurs milliers de Juifs.

Plus qu’un simple témoignage, pour Sami Sandhaus parler de son vécu concentrationnaire c’est accomplir une dette envers les victimes et transmettre l’Histoire et l’horreur pour que les futures générations n’oublient jamais. « La mémoire des survivants ne peut être qu’une simple tragédie personnelle. Témoigner c’est être au service des générations futures, de tous ceux qui ont pu oublier. J’apporte un témoignage sans jugement sur le calvaire que tant de Juifs connurent.»

Le public très touché par cette rencontre, fut conscient de la chance de pouvoir dialoguer avec un rescapé dont le récit les a bouleversés. De multiples questions ont permis de comprendre la vision et la philosophie de vie de ce grand Monsieur qui remercia la CICAD de lui avoir permis de livrer son histoire au Salon du livre. Une discussion s’en suivit lors de la séance de dédicaces avec les personnes désireuses d’en savoir plus.