Inscription   Archives   Envoyer cette nouvelle Imprimer cette page  


Avignon: Amos Gitaï adapte Flavius Josèphe pour le théâtre


 


«Source unique concernant des événements survenus à l’époque des origines du christianisme - la prise de Jérusalem, la destruction du Temple, l’exil des Juifs - elle a longtemps servi, par défaut, de référence obligée à toutes les époques.» Cette «référence obligée» (1), c’est La guerre des Juifs, de Flavius Josèphe, livre de chevet du cinéaste Amos Gitaï, qui en a adapté des extraits pour le théâtre.

 

L’œuvre a des allures de mythe: constamment citée, pillée, déformée, interprétée de toutes les façons, selon les moments historiques et les intérêts doctrinaux ou politiques. Et son auteur est, à lui seul, une énigme. L’image paradigmatique du «traître», pour certains, l’exemple le plus douloureux du «déchirement» pour d’autres - celui d’un homme écartelé durant toute sa vie entre, d’un côté, le profond amour pour le Dieu d’Israël, les rituels religieux hérités de sa famille, conservés avec ferveur, et, de l’autre, la conviction, plus historique ou philosophique, que la Providence avait désormais élu Rome au rang de caput mundi, et qu’il n’y aurait de futur que dans son immense empire.

 

A sa naissance dans une famille aristocratique de Jérusalem, vers l’an 37 de notre ère, Flavius Josèphe s’appelait Joseph Ben Mattatyahu. Dans sa jeunesse, bien qu’influencé par la culture greco-latine - mais il se sait naturellement destiné au rabbinat - il prend des positions qui le rapprochent de celles des Pharisiens, d’une grande religiosité, mais hostiles aux partisans du nationalisme juif, en particulier les Zélotes.

 

A l’âge de 25 ans, il a l’opportunité de se rendre en délégation à Rome, et reste très impressionné par la majesté de la capitale, les fastes de la cour, le genre de vie des Romains, la puissance militaire. Des troupes romaines étaient cependant, au même moment, en Judée, en train d’écraser la révolte des Juifs. De retour dans son pays, Joseph Ben Mattatyahu devient gouverneur militaire de Galilée et guide l’insurrection. Quand les rebelles se rendent compte de ne pas pouvoir faire face à la force des Romains, ils décident de se suicider en masse. Dénonçant l’immoralité du suicide, Joseph les convainc de se donner la mort les uns les autres, et, par un obscur stratagème, réussit à rester le dernier homme en vie de tout son groupe de combattants. Au lieu de se tuer, il se rend à l’ennemi, non par lâcheté, écrira-t-il, mais par une sorte d’illumination qui lui révèle la divine invincibilité des Romains. Présenté comme prisonnier à Titus Flavius Vespasien, qui commandait les légions romaines, il use de sa sapience pour prophétiser que celui-ci deviendrait empereur. Vespasien le gracie et le nomme interprète de l’armée. Devenu ami de Vespasien puis de son fils Titus et de toute la Gens Flavia, il change son nom en Flavius Josèphe, et, installé à Rome, consacre le reste de sa vie à l’écriture, à l’histoire de son peuple, à la guerre qui opposa Rome et Jérusalem.

 

Traître et apostat, comme le considèrent ses contemporains juifs ? Ou bien stratège, et apôtre avant l’heure d’une realpolitik qui, devant la menace de destruction totale pesant sur le monothéisme hébraïque, prône, pour le sauver, le compromis avec les vainqueurs et le monde latin ?

 

Les écrits de Flavius Josèphe paraissent certes «pro-romains», mais ils expliquent aussi, avec une ferveur religieuse qui n’abandonna jamais leur auteur, l’histoire, les croyances, les rituels du judaïsme. Aussi La guerre des Juifs apparaît-il comme un des témoignages historiques les plus dramatiques. S’y trouvent décrits, comme dans une tragédie de Shakespeare, les amours, rivalités, les haines, les intrigues, les massacres que connut le règne d’Hérode, mais aussi les paysages, les campagnes, les villes, les déserts où, quelques décennies auparavant, a été entendue la prédication de Jésus, les coutumes des Esséniens, la philosophie politique des Zélotes, et, surtout, l’insurrection des Juifs devant les Romains, avec ses scènes de bataille, ses pillages, ses chasses aux rebelles, ses mises en croix, ses saccages, ses exodes désespérés, la résistance de la forteresse de Massada, dominant la mer Morte, les flammes qui entourent le Temple et le détruisent.

 

Il y a une quinzaine d’années, dans les ruines de Yodfat, en Galilée, théâtre d’une sanglante bataille en 67 de notre ère, des archéologues ont trouvé des charniers, une rampe utilisée par les légionnaires romains, des projectiles en pierre, de très nombreuses pointes de lances, et d’autres vestiges qui permettent de reconstituer le siège de l’ancienne cité. Dans un sens qui coïncide exactement avec la description qu’en fait Flavius Josèphe dans La Guerre des Juifs.

 

(1) Cf. Flavius Josèphe, de Denis Lamour, Les Belles Lettres, 2000

 

La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres

 

D'après La Guerre des Juifs de Flavius Josèphe
Mise en scène: Amos Gitai
Avec: Jeanne Moreau, Gérard Benhamou, Tamar Capsouto, Yahel Doron, Eric Elmosnino, Shahar Even Tzur, Shredy Jabarin, Dimitri Kataleifos, Jerome Koenig, Alexei Kotchetkov, Menahem Lang, Mireille Perrier

 

Festival d'Avignon

Mardi 7, mercredi 8, jeudi 9, samedi 11, dimanche 12, lundi 13 juillet 2009

 

Sources: Robert Maggiori, liberation.fr - mardi 7 juillet 2009, Site officiel du Festival d'Avignon