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La Syrie fait avorter un attentat contre l'ambassade américaine


 


C'est l'endroit le plus surveillé de Damas, une ville qui, elle-même, est quadrillée par une multitude de services de sécurité. A bord d'une voiture piégée, quatre hommes se sont pourtant approchés de l'ambassade américaine sans toutefois réussir à faire sauter leur engin. Trois des assaillants ont été tués, ainsi qu'un garde, mais aucun Américain n'a été blessé.

 

Alors que les relations entre Washington et Damas sont au plus mal, alors que l'événement s'est produit un jour seulement après l'anniversaire du 11 septembre, alors que la Syrie est soupçonnée de servir de base arrière pour de nombreux ex-responsables de l'Irak de Saddam Hussein, l'incident pose une série de questions qui, étant donné le caractère hermétique du régime syrien, resteront sans doute longtemps sans réponse.

 

Damas est très fermement pointé du doigt par les Etats-Unis en raison notamment de son rapprochement avec l'Iran, et de son appui au Hezbollah libanais ainsi qu'aux groupes radicaux palestiniens. L'aile la plus dure du Hamas, menée par Khaled Meshal, a son quartier général établi en Syrie.

 

Mais dans le même temps, le régime de Bachar el-Assad est lui-même en proie à une certaine contestation islamiste.

 

L'ampleur de cette contestation est cependant sujette à caution. Damas est en effet fortement soupçonné d'exagérer cette menace pour réprimer l'opposition, pour camoufler la simple criminalité commune, ou pour obtenir les bonnes grâces de la puissance américaine.

 

Le régime autoritaire laïc se réserve ainsi le rôle de rempart face à une arrivée de l'islamisme et surtout face à la montée des Frères musulmans, l'ennemi honni du régime baassiste syrien.

 

Au début de l'invasion de l'Irak en mars 2003, les Etats-Unis ont concédé à plusieurs reprises avoir bénéficié d'une aide solide de la part de la Syrie pour éviter que ce territoire ne se convertisse en un sanctuaire pour la rébellion irakienne.

 

Renouant avec cette gratitude, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a affirmé qu'elle «appréciait» la réaction des autorités syriennes.

 

Les Etats-Unis ont retiré leur ambassadeur à Damas à la suite de l'assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, en février 2005, un meurtre dont les Nations unies ont mis en évidence le lien avec les services syriens. Cependant, l'ambassade continue de fourmiller d'un important nombre d'employés américains.

 

Une émanation à Damas de la nébuleuse Al-Qaida? Une excroissance du conflit irakien? Les experts semblaient préférer mardi l'hypothèse d'une cause interne. «C'est plutôt une opération menée par un petit groupe», expliquait par exemple Peter Ford, l'ambassadeur de Grande-Bretagne en Syrie. Ce groupe, ce serait Jund al-Sham, les «soldats du Levant», qui se seraient déjà rendus responsables d'une série d'attentats au Liban ces derniers mois.

 

L'année dernière, les autorités syriennes avaient également indiqué qu'elles avaient tué cinq militants de cette organisation et dévoilé une grande quantité d'armes et d'explosifs saisis. Cependant, les plus sceptiques viennent à douter de l'existence même de ce groupe, le présentant comme une organisation fantôme.

 

Hier, le ministre syrien de l'Intérieur, Bassam Abdel Majid, se contentait de mentionner l'existence d'«une opération terroriste qui a visé l'ambassade des Etats-Unis».

 

Même si l'ampleur de la menace terroriste reste inconnue, l'islamisation de la société syrienne est une réalité qui effraie les autorités de Damas. Issu de la minorité alaouite, le régime de Bachar el-Assad dispose de ce fait d'une légitimité bien moins grande qu'un éventuel pouvoir sunnite.

 

Source : Le Temps - mercredi 13 septembre 2006