Pour Berne, la LIM prône des valeurs anti-occidentales et antisémites
Près de six semaines après avoir licencié quatre de ses employés, la Mosquée de Genève sort publiquement de son mutisme.
Son avocat Me Ridah Ajmi révèle les raisons ayant poussé l’institution à se passer des services de personnalités comme le porte-parole Hafid Ouardiri ou le dirigeant Mahmoud Fadl.
D’emblée, la Fondation culturelle islamique nie tout règlement de comptes lié au courant religieux.
En effet, les personnes limogées opposent leur vision «progressiste» de l’islam à celle «rigoriste» du nouveau directeur saoudien Sethi Nimatallah.
«C’est faux, soutient l’avocat. Le directeur actuel est un personnage éclairé.» Sa décision reposerait notamment sur deux audits demandés par la Ligue islamique, portant sur la gestion de la Fondation du Petit-Saconnex. «Un des documents, datant de 2005, pointe du doigt des problèmes financiers et de transparence tout en proposant un train de mesures pour pallier les dysfonctionnements.»
Depuis, rien n’a changé, dit-il. L’institution genevoise, dépendant de l’Arabie saoudite, via la Ligue islamique mondiale (LIM), continue à vivre au-dessus de ses moyens.
«La Fondation culturelle islamique de Genève n’a que des déficits alors que nous fonctionnons avec un budget d’environ un million de francs par an.» On comprend entre les lignes qu’il est reproché aux employés de ne pas avoir empoigné le problème. «Nous avons tiré la sonnette d’alarme suite à ces audits. Les licenciements n’ont donc rien de brutal. Il y a eu un déraillement, il faut maintenant assainir et moderniser la Fondation.»
Ce n’est pas tout. L’avocat cite aussi des retards dans le paiement des salaires des enseignants chargés de donner des cours coraniques. «Des maîtres de l’école, présidée alors par Mahmoud Fadl, n’ont pas touché d’argent durant six mois.»
Afin d’illustrer ses préoccupations financières, la Mosquée rappelle au passage que les quatre employés avaient les salaires les plus élevés de l’organisation... «Et l’imam actuel peut aussi bien faire le travail de porte-parole que faisait Hafid Ouardiri», assure Me Ajmi.
De toute évidence, les nouveaux responsables de la Mosquée n’ont pas digéré la grève des enseignants protestant contre les licenciements le 31 mars dernier.
L’action s’est tenue en fin de journée devant des centaines d’enfants, soutient la direction. Sethi Nimatallah aurait été insulté et agressé par un des protestataires.
«D’autres manifestants barraient l’accès aux salles de classe», ajoute l’avocat. Conséquence: la police est intervenue, vers 17 h 15, pour apaiser les esprits. Au final, le directeur n’a pas déposé plainte «par gain de paix». Mais suite à cette manifestation, il a envoyé une lettre aux enseignants afin qu’ils choisissent leur camp. De quoi mobiliser le syndicat UNIA «craignant pour les conditions de travail et l’emploi des enseignants».
Berne inquiet d'une Mosquée sous influence
De leur point de vue, les autorités fédérales voient dans la LIM, un «instrument saoudien de campagne internationale visant à propager le salafisme d'Arabie saoudite».
Cet avis émane d'un courrier de l'Office fédéral des migrations (ODM) adressé en décembre dernier à la Fondation culturelle islamique qui chapeaute la Grande Mosquée de Genève.
Valeurs anti-occidentales et antisémites
Pour Berne, la LIM a un discours qui va «à l'encontre de l'ordre juriidique et de principes démocratiques». Elle prône des valeurs anti-occidentales et antisémites. Ces citations, rapportées par Le Temps, ont été confirmées par le porte-parole de l'ODM (Office fédéral des Migrations).
Prudence israélite
Ron Aufseesser, Président de la Communauté israélite de Genève, se montre prudent: «Je n'ai jamais eu de contact avec le nouveau directeur, en revanche, j'ai eu quelques contacts avec Monsieur Ouardiri, notamment à propos des cimetières confesssionnels. Notre communauté n'a aucune réaction spécifique à prendre.» Néanmoins le conflit mis au jour à la Grande Mosquée de Genève l'interpelle: «Si c'est le signe d'une montée des intégrismes et de l'islamisme, je suis inquiet comme beaucoup de Genevois.»
Sources : Le Courrier - vendredi 13 avril 2007, 24 Heures - vendredi 13 avril 2007
