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Pas de visa pour un islamiste saoudien


 


«Non». La réponse de la Suisse a été claire et nette. Blochérienne même, diraient les mauvaises langues.

 

Le Cheikh Salman Fahd al-Awda ne verra pas le Lac-Noir où il devait participer à la 16e rencontre annuelle des musulmans de Suisse, qui traitera dès aujourd'hui et jusqu'à dimanche des «défis d'une citoyenneté positive».

 

Berne a donc refusé d'octroyer un visa à cet idéologue saoudien invité en Singine par la Ligue des musulmans de Suisse (LMS). Et les efforts de l'organisation islamique basée à Lausanne pour faire changer d'avis la Confédération n'ont servi à rien, confie un membre de la ligue.

 

Cheikh Salman Fahd al-Awda est «persona non grata» dans le petit village des Préalpes fribourgeoises.

 

La conférence de ce religieux wahhabite, représentant du courant dur de l'islam, a d'ailleurs disparu du programme de la manifestation qui devrait attirer dès aujourd'hui entre 1000 et 2000 personnes dans le camp militaire de la station touristique.

 

«Nous sommes déçus», confie Ramzi Ben Fraj, président du conseil consultatif de la LMS. «Nous comptions sur Cheikh Salman Fahd al-Awda pour nous parler de son expérience. C'est quelqu'un de très connu et de très respecté

 

Il sent le soufre
Reste que c'est aussi un maître spirituel qui sent le soufre. En 1994, il a été arrêté pour ses activités religieuses et politiques extrémistes en Arabie saoudite, un pays qui pratique déjà un islam rigoriste.

 

Reprochant au défunt roi Fahd de ne pas appliquer assez strictement la charia, la loi islamique, il passera cinq ans dans la prison El Hair, à Riyad.

 

Il ne sera libéré qu'après avoir accepté de modérer ses propos dans ses prêches et ses conférences, largement diffusés sur des supports audio-visuels.

 

Est-ce pour ces raisons que la Confédération a mis son veto à la présence du cheikh saoudien? Mystère et boule de gomme.

 

Du côté de Berne, aucun service n'a souhaité s'exprimer. «En fait», explique une source sécuritaire que «La Liberté» a pu joindre à Riyad, «les autorités saoudiennes ont mis en garde la Suisse contre Salman Fahd al-Awda. Il n'est pas un invité comme les autres. Nos services le surveillent de très près depuis de nombreuses années. Il fait partie des sympathisants d'al-Qaïda. Il a d'ailleurs été arrêté encore une fois après les attentats du 11 septembre 2001. On le suspecte d'avoir participé à leur financement

 

Bref: Salman Fahd al-Awda n'est pas un tendre. Loin de là. Sur le site internet du «djihad palestinien», il légitime par exemple les attentats-suicides islamistes contre les «mécréants» en publiant une lettre sur les «opérations martyres dans la balance de la loi musulmane».

 

«Nous assumons...»
Deux autres têtes d'affiche du week-end singinois de la LMS ne manquent pas de piquant non plus.

 

Il s'agit d'Ahmed Jaballah et du Cheikh Youssef Ibram.

 

Le premier, co-fondateur de l'Union des organisations islamiques de France, entend mettre sur orbite une société islamique en Europe.

 

Le second a défendu la lapidation des femmes en cas d'adultère. Des propos qui ont valu à cet imam radical d'être chassé de Zurich. Il vit désormais à Genève où il officie à la fondation musulmane de Hani Ramadan.

 

Mais à quoi joue la LMS, elle qui veut jouer la carte de l'intégration et qui, dans le même temps, invite une brochette d'extrémistes étrangers? «Nos invités connaissent très bien la réalité suisse. Et leurs avis nous éclairent

 

Ramzi Ben Fraj s'étonne aussi du manque de confiance des autorités helvétiques.

 

«Nous assumons la présence de nos invités et leur discours», assure-t-il avant de rappeler qu'une rencontre comme celle du Lac-Noir doit permettre aux musulmans de Suisse d'obtenir plus de droits en tant que communauté. Et d'être mieux connus.

 

Source : La Liberté - vendredi 11 mai 2007