Aug

25

2014

Être juif en Iran

Les juifs d'Iran ne sont plus que 25 000, soit quatre fois moins qu'avant la Révolution de 1979. Le tombeau d'Esther à Hamadan reste leur lieu de pèlerinage.

La semaine dernière, l'unique député juif au Parlement iranien n'a guère ménagé Israël. Non seulement Siamak Merehsedeq dénonce "les actes criminels de Tel-Aviv à Gaza" que "la communauté internationale doit condamner", mais il estime en plus que "l'adhésion d'Israël à l'ONU et au Comité international de la Croix-Rouge doit être annulée".

A-t-il été instrumentalisé par le régime, qui se veut l'ennemi héréditaire d'Israël ? Le rabbin de la lilliputienne communauté juive d'Hamadan répond avec prudence : "Nous n'avons pas de problème avec la République islamique." Toutefois, Rassad Nejat précise aussitôt que cette capitale de province d'un demi-million d'âme comptait 7 000 juifs avant la Révolution de 1979. Aujourd'hui, ils ne sont plus que quinze, qui se réunissent tous les samedis dans la synagogue au centre d'Hamadan, à trois cents kilomètres de Téhéran, en direction de la frontière irakienne. Les autres membres de la communauté ont rejoint les États-Unis, le Canada et Israël.

Une communauté de 2 700 ans

Le vieil homme, lui, est resté. C'est qu'il n'est pas "que" rabbin : il est surtout le gardien des tombeaux d'Esther et de Mardochée, haut lieu de pèlerinage des juifs d'Iran. La reine Esther, cette orpheline ayant vécu au Ve siècle avant J.-C. dans ce qui allait devenir l'Iran, est la "preuve" que les juifs étaient autrefois installés dans la région sans y être brimés. Vieille de deux mille sept cents ans, la communauté juive d'Iran est l'une des plus anciennes diasporas au monde. Ses membres descendent des juifs qui ont préféré rester dans la région après l'exil à Babylone quand le roi perse Cyrus II, dit Cyrus le Grand, les a autorisés à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le temple détruit par Nabuchodonosor.

Inlassablement, à tous les visiteurs, le rabbin d'Hamadan raconte l'histoire d'Esther et de son oncle Mardochée, enterrés dans un petit mausolée près de la synagogue. Hasard de l'histoire, à un coup d'accélérateur de ce lieu de pèlerinage des juifs, des milliers de musulmans visitent le tombeau du grand philosophe Avicenne, également médecin, astronome, alchimiste, philosophe, mort à Hamadan en 1037. Selon les récits, Esther était la favorite ou la femme du roi de l'époque, à qui elle avait caché sa judéité. Apprenant par son oncle Mardochée qu'un décret pris par le vizir ordonnait d'anéantir tous les juifs, Esther réussit à convaincre le souverain de revenir sur cette décision et sauva ainsi les juifs de l'extermination.

Une relative liberté de culte

Depuis, les juifs d'Iran ont connu des temps moins glorieux, victimes à certaines époques de décrets humiliants leur imposant de vivre dans des habitations plus basses et plus modestes que celles des musulmans, de ne pas porter de beaux habits, voire de mettre des chaussures dépareillées. Mais depuis la Révolution de 1979, contrairement aux fidèles de la foi bahaï, une dissidence de l'islam, sauvagement traqués, les juifs, comme les chrétiens et les zoroastriens (qui respectent le feu comme symbole divin) jouissent de la liberté de culte et sont représentés par une poignée de députés au Parlement (un ou deux par religion).

En fait, les juifs sont tolérés, à condition de se montrer discrets, de ne pas attirer l'attention. De ne pas trop protester non plus quand l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad déclare que "le mythe du massacre des juifs" est une invention occidentale, et qu'il invite en 2006 les négationnistes du monde entier à ridiculiser l'Holocauste. Les juifs sont exclus de nombreux métiers, comme l'armée et la fonction publique. En revanche, la grande majorité de la population iranienne se montre très tolérante vis-à-vis de cette communauté qui ne cesse de se réduire à peau de chagrin.

D'un peu plus de 100 000 membres lors de l'arrivée de l'ayatollah Khomeiny en 1979, elle a chuté autour de 25 000, principalement établis à Téhéran, Ispahan et Shiraz. Ce n'est pas toujours facile de subsister dans un pays qui se veut l'ennemi héréditaire d'Israël, consacrant en ce moment des heures entières sur les chaînes de télévision aux crimes commis par les "sionistes". L'occasion d'exhiber des cadavres de musulmans horriblement mutilés dans la bande de Gaza. Le rabbin d'Hamadan, lui, ne partira pas d'Iran. D'abord, il est trop âgé pour quitter sa ville natale. Ensuite, il est aussi trop occupé à faire découvrir aux nombreux visiteurs les tombeaux d'Esther et de son once Mardochée.

 

 

 

 

 

Source: lepoint.fr, 24 août 2014

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