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Pourquoi il faut lire Hannah Arendt


Plus que l’autrice de la « banalité du mal » et de l’analyse du totalitarisme, elle est la philosophe de l’action politique et de la pensée sans entraves.

Hannah Arendt ? Elle séduit, parce qu'elle veut comprendre et agir, que la liberté est son horizon. Elle séduit parce qu'elle croit que la politique est d'abord l'affaire des individus, parce qu'elle pense qu'il faut prendre ensemble soin du monde. « La pluralité est la loi de la terre », écrit-elle dans son dernier opus, La Vie de l'esprit (1971). Parmi les autres notions qu'elle considère comme fondamentales, il y a le commencement et le pardon. Irénique, Hannah Arendt ? Sûrement pas. Son regard sur le monde est sans concession, d'où son best-seller mondial, Les Origines du totalitarisme, à quarante-cinq ans, mais aussi sa réflexion sur La Condition de l'homme moderne, autre chef-d'œuvre, ou La Crise de la culture.

 

Hannah Arendt séduit par son audace intellectuelle, son anticonformisme, sa capacité à « penser sans entraves », quitte à déranger. Elle croit qu'Eichmann le bourreau SS est un pauvre type, la preuve vivante que finalement le mal peut être banal ? Elle l'écrit. Cela dérange ? Elle assume. C'est pour cela que Le Point s'y intéresse et lui consacre un hors-série de sa collection Maîtres-penseurs.

Unique et inspirante

 

Hannah Arendt est une philosophe populaire qui pense à la marge. Elle ne sera jamais comme les autres. Juive, elle a aimé passionnément un brillant philosophe devenu nazi, Martin Heidegger. Pur produit de la haute philosophie allemande, elle a aussi adoré un communiste autodidacte qui fut son professeur en politique, Heinrich Blücher… Hannah Arendt est pleinement femme, pas une intellectuelle dans sa bulle. C'est cette humanité autant que les polémiques que sa pensée a soulevées qui ont fait d'elle cette icône dont la vie a inspiré cinéastes et auteurs de BD. En cela, encore, elle est unique, ce qui ne fait qu'exaspérer ses ennemis, toujours nombreux.

Mais qu'on l'aime ou qu'on la déteste, Hannah Arendt continue d'avoir une réflexion inspirante sur le totalitarisme, le mal, la révolution, le mensonge en politique, le droit des apatrides et des réfugiés, l'importance du collectif, l'opinion, et même le féminisme. Non pas tant par ses opinions ou même ses concepts que par les questions qu'elle soulève. Apprendre à penser sans entrave, c'est aussi refuser de fermer les yeux et accepter d'être un vrai acteur de sa vie. Hannah Arendt est une philosophe dérangeante et stimulante. Tant mieux.

 

Source : Le Point, 10 février 2021